Personne n'a le temps

Pierre-Marie Escaffre

"Il faut entrer dans le débat, ancien et riche sur la temporalité, la question de "l'origine" du temps, de sa directionnalité, etc. Il existe une abondante littérature dont on ne peut faire l'économie."
   Professeur Jean-Marc Lévy-Leblond

Bien sûr, les théories quantiques et relativistes sont tellement puissantes qu'il reste toujours possible aux tenants des modèles actuels d'affirmer qu'approcher autrement la réalité, c'est ne pas faire de la physique. Mais cet argument n'est pas recevable : en aucune façon une littérature même abondante ne peut tenir lieu de raison scientifique. Et c'est bien à ceux qui utilisent le paramètre temporel dans leurs équations de faire la preuve de sa validité objective pour expliquer la matière et l'Univers.
Que vous lisiez ou relisiez ces lignes ou bien les précédentes autant de fois que vous voudrez, vous le ferez toujours au présent. Simultanément la Terre aura tourné sur son axe et sur son orbite autour du Soleil, celui-là se sera déplacé dans la Galaxie, et avec elle dans le Groupe local, les amas de galaxies se seront éloignés les uns des autres dans l'Univers, etc. Tous ces mouvements n'impliquent que des changements dans l'ordre spatial des choses, ils n'ont pas le moindre contenu temporel.
Ce qui à la rigueur peut ressembler au temps qui passe ou qui s'écoule inexorablement n'est qu'une sensation "d'immuabilité générale du monde" éprouvée par exemple sous un ciel étoilé, devant les pyramides ou dans un monastère. Impression qui résulte très naturellement du mouvement commun de celui ou de celle qui fait l'observation et du milieu concret, l'ensemble du contexte, dans lequel elle est faite, système de coordonnées spatiales et champ de gravitation compris.
Chacun d'entre nous - c'est-à-dire plusieurs milliards d'êtres humains sur notre planète - constate en permanence que nous vivons au présent, que tout bouge au présent, mais malgré cette expérience massivement partagée, du côté de "la communauté du savoir", on s'obstine à vouloir conserver à la durée mesurable un statut de dimension physique alors qu'elle n'est que pure convention, qu'une abstraction pratique permettant notamment la schématisation des phénomènes macroscopiques.


Imprimer cet article