La violence éducative

Olivier Maurel, Danielle Claquin, Françoise Reynès

Traitons nos enfants comme nous souhaitons qu'ils nous traitent.

1 - Pouvez-vous définir ce que vous appelez la violence éducative?
La violence éducative, c’est la violence à l’égard des enfants qui ne choque personne. Celle qui est considérée comme acceptable dans une société, pour les faire obéir.
Il faut donc la distinguer de la maltraitance qui est le niveau considéré comme inacceptable.
Par exemple, en France, on peut dire que la gifle et la fessée font partie de la violence éducative ordinaire. Et si on utilise une ceinture ou un bâton pour frapper un enfant, on est considéré comme un parent maltraitant.
Mais ce niveau varie beaucoup selon les sociétés. Par exemple, en Suède, dans les pays scandinaves et quatre ou cinq autres pays, une simple gifle est considérée comme maltraitance inacceptable, parce que toute violence est interdite. En Afrique au contraire, la bastonnade est tolérée et considérée comme indispensable pour une bonne éducation. Si on représente la violence infligée aux enfants comme un iceberg, la maltraitance est la partie émergée de l’iceberg, celle que tout le monde montre du doigt et dénonce, la violence éducative est la partie immergée que très peu de gens considèrent comme de la violence.
Mais l’image de l’iceberg est intéressante parce qu’elle montre qu’il y a une continuité entre VEO et maltraitance et que, si on ne s’attaque pas à la partie immergée de l’iceberg, la VEO, on n’arrivera jamais à réduire la maltraitance, c’est-à-dire la partie émergée.
C’est cette continuité qui fait la gravité de la VEO, même la plus faible, comme la tape sur la main. Tout simplement parce que accepter la tape sur la main, c’est déjà accepter le principe qu’on a le droit de frapper un enfant. Et à partir du moment où le principe est accepté, on ne peut jamais savoir jusqu’où on ira.
Autrement dit, si nous n’acceptons pas le fait que dans beaucoup de pays on frappe les enfants à coups de bâton, nous devrions aussi condamner les fessées, les gifles et les tapes, parce que violence éducative et maltraitance sont fondées sur le même principe de base : on a le droit de frapper les enfants “pour leur bien”.
2 - Tout de même, une petite tape sur la main, ça ne paraît pas si grave et ça peut être utile pour empêcher un enfant de se brûler à la porte d’un four par exemple?
Moi, je trouve que l’expression “une petite tape sur la main” ou “une petite tape sur les couches” est très trompeuse. Car ou bien la petite tape en question est vraiment petite, comme une tape affectueuse sur la main, et elle n’a aucun effet dissuasif. Et si on veut qu’elle soit efficace, surtout si l’enfant est un peu habitué et endurci, il faudra frapper plus fort, donner une “bonne tape”, comme on dit, c’est-à-dire une forte tape, et l’escalade commence et on ne sait pas où elle s’arrêtera parce que chacun peut être entraîné très loin soit par la répétition de ce qu’il a lui-même subi, soit le blindage progressif de l’enfant qui, au bout d’un moment pourra en arriver à défier ses parents : “Même pas mal!”.
C’est ainsi que plus une société tolère la violence éducative ordinaire, plus elle produit aussi de maltraitance.
3 - Mais la violence éducative est-elle très répandue?
Elle est presque universelle. Il n’y a, dans les pays européens industrialisés comme le nôtre que 15 à 20% des parents qui ne frappent pas leurs enfants.
Sur un continent comme l’Afrique, il n’y a que moins de 10% des parents qui ne frappent pas leurs enfants. Et le niveau moyen de la violence éducative, comme je l’ai dit tout à l’heure est la bastonnade. De plus, sur presque tous les continents, y compris en Amérique du Nord, les enfants sont aussi frappés à l’école. Dans 22 États des États-Unis, ils sont encore fessés à coups de latte, et assez violemment pour avoir souvent les fesses couvertes d’ecchymoses. Inutile de dire que c’est non seulement douloureux, mais aussi extrêmement humiliant.
On peut donc être sûr que rares sont les enfants qui ont échappé à la violence éducative. Même ceux qui disent qu’ils n’ont jamais été f

Emission sur RCF (Radio chrétienne de Toulon) du 26 mai 2004. Présence mariste.
Cette émission, enregistrée à la date indiquée dans le titre a été diffusée, comme les trois autres, au cours des mois d'octobre et novembre sur RCF.


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