Comment la communauté juive de Bulgarie fut sauvée du génocide
Un exemple d'action non-violente réussie injustement ignoré.

Olivier Maurel

Le sauvetage des Juifs de Bulgarie par la,population de ce pays est presque totalement ignoré. Il montre pourtant que, face à Hitler, une autre attitude que la violence était possible et finalement plus efficace.

La Bulgarie est le seul pays d'Europe où les nazis se soient trouvés dans l'impossibilité de procéder à la déportation des Juifs. Sur les cinquante mille Juifs bulgares, aucun n'a péri en camp de concentration. Le processus de déportation avait pourtant été engagé; mais il a été arrêté définitivement au cours de l'été 1943, c'est-à-dire un an avant l'entrée des troupes soviétiques en Bulgarie.
Si, dans l'état actuel des connaissances, il existe quelques doutes sur le rôle du roi, du gouvernement bulgare et du parti communiste clandestin, il n'en existe aucun sur le fait que la population bulgare a fait obstacle, par des moyens non-violents, à la déportation.
La situation des Juifs de Bulgarie avant 1941
La Bulgarie avait été soumise pendant près de cinq siècles à la domination ottomane. Chrétiens orthodoxes et Juifs s'y trouvaient alors dans une situation semblable, celle de citoyens de seconde zone, les dhimmis. Pendant la guerre qui libéra le pays des occupants turcs, en 1877, les deux communautés, chrétienne et juive, combattirent côte à côte, ce qui fit naître entre elles un sentiment de solidarité rare en Europe.
Cependant, dès le début de 1939, et donc bien avant que la Bulgarie ne devienne une alliée officielle de l'Allemagne nazie, des organisations bulgares pro-nazies, sans doute très minoritaires, organisent des manifestations contre les Juifs et, en septembre, des attaques contre les magasins juifs de Sofia. Selon les autorités communistes au pouvoir en Bulgarie jusqu'en 1990, le Parti Ouvrier Bulgare aurait alors dénoncé ces violences.
En 1940, le gouvernement ayant été confié par le roi Boris III à Bogdane Filov, germanophile convaincu, des mesures officielles commencent à être prises contre les Juifs. Ces mesures, regroupées dans une Loi sur la défense de la nation, déclenchent, entre octobre 1940 et janvier 1941, une série de protestations émanant de tous les milieux. L'Église orthodoxe, les intellectuels, les écrivains, les organisations ouvrières manifestent leur opposition absolue à cette loi qui est cependant votée à la fin du mois de janvier 1941.
La Bulgarie alliée des nazis: premier essai de déportation
Le 1er mars 1941, la Bulgarie adhère au Pacte tripartite et devient ainsi, officiellement, l'alliée de l'Allemagne. Les armées allemandes entrent alors en Bulgarie d'où elles attaquent, en avril, la Grèce et la Yougoslavie. Les armées bulgares ne participent pas à cette agression mais sont ensuite chargées par les Allemands de contribuer à l'occupation de ces deux pays.
La situation des Juifs s'aggrave alors. Nombre d'entre eux sont assignés à résidence et un impôt spécial est créé, permettant à l'État de s'emparer du quart de leurs biens.
En juin et juillet 1942, le gouvernement bulgare reçoit les pleins pouvoirs pour la résolution de la "question juive". Il crée alors un commissariat spécial aux questions juives qui introduit le couvre-feu obligatoire, des rations alimentaires réduites, le port de l'étoile jaune. Les Juifs ne peuvent plus quitter leur lieu d'habitation ni posséder récepteurs de radio et appareils téléphoniques. Leurs maisons doivent être signalées par un écriteau, certains lieux publics leur sont interdits et leur activité économique est limitée. Et, lorsque le Ministère des Affaires étrangères allemand donne l'ordre de déportation, son homologue bulgare répond: "Le gouvernement bulgare accepte la proposition du gouvernement allemand de procéder à la déportation de tous les Juifs de Bulgarie".
Mais, au mois de septembre, suite à de nouvelles mesures antijuives, le métropolite [ prélat orthodoxe ] Stéphane de Sofia affirme dans un sermon que Dieu a déjà suffisamment puni les Juifs d'avoir cloué le Christ sur la croix en les condamnant à l'errance et qu'il n'appartient pas aux hommes de les torturer et de les persécuter davantage. A l'intérieur du gouvernement, certains ministres semblent hésiter. Le Ministre de l'Intérieur accept

Sources :
Hannah Arendt: Eichmann à Jérusalem, Gallimard, 1963.
David Benvenisti: Les Juifs de Bulgarie sauvés de l'holocauste, Sofia-Presse, 1988.
Raul Hilberg: La Destruction des Juifs d'Europe, Fayard, 1988.
Léon Poliakov: Bréviaire de la haine, le IIIe Reich et les Juifs, Ed. Complexe, 1979.


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