LE PHENOMENE DES NOUVEAUX MOUVEMENTS RELIGIEUX EN AFRIQUE
L'Eglise catholique en déroute

Erick Cakpo

Depuis le Renouveau missionnaire du XIXe siècle qui a contribué à implanter la religion catholique en Afrique, le nombre des fidèles n'a cessé de croître. " L'Afrique est aujourd'hui le continent le plus dynamique pour l'Eglise catholique " pouvait affirmer Jean Mercier dans L'Atlas des religions1. En termes de démographie, il ne fait aucun doute que le continent " noir " apparaît comme l'un des viviers du catholicisme. Selon les prévisions établies par l'Université du Texas, en 2025, les catholiques africains représenteront 16% de la population catholique mondiale contre 13% aujourd'hui2. Sur le continent, la progression de ceux qui se réclament de cette religion est la plus forte. On a enregistré plus de 10% de baptisés entre 1999 et 20023. Et pourtant, l'Eglise catholique n'a jamais été aussi fragilisée que depuis ces dernières années en Afrique. Ministère d'intervention rapide de Jésus au Togo, Eglise évangélique d'union d'hommes en Christ au Bénin, Les ministres de la gloire au Nigeria, Sainte Eglise du Christ au Cameroun, Lumière de vérité au Gabon, La main de Dieu au Congo-Kinshasa, l'Armée de résistance en Ouganda, Voyageurs du paradis au Rwanda, Jésus est en moi au Burundi, ces Nouveaux Mouvements Religieux (NMR) aux noms plus insolites les uns que les autres " champignonnent " un peu partout en Afrique subsaharienne. Ils ne cessent de ravir tous les jours les fidèles des religions dites " historiques ". Du reste, la croissance exponentielle des NMR vis-à-vis des religions établies oblige à poser, comme c'est le cas en Europe, l'hypothétique question de la désintégration de l'Eglise catholique en Afrique4. Quels sont ces Nouveaux Mouvements Religieux (NMR) et quelles menaces représentent-ils pour le catholicisme en Afrique ?
I- ORIGINE ET DISTINCTIONS TERMINOLOGIQUES
1-Terminologie : difficultés et précisions
Pour décrire et expliquer les " nouveaux " phénomènes religieux qui se développent actuellement en Afrique, aucune discipline sociale n'est encore parvenue à convenir une terminologie adéquate. Parmi les difficultés, il y a celle qui fait rimer le caractère diffus et confus de ces phénomènes en raison du dédale théologique dans lequel ils entraînent. Les nouveaux phénomènes religieux relèvent-ils des sectes ou ils sont simplement le fait des groupes issus des Eglises " traditionnelles " ? Pourquoi s'emploie t-on à les qualifier de " nouveaux " ?
Les phénomènes religieux auxquels nous assistons ces dernières décennies en Afrique subsaharienne sont induits par deux principales mouvances religieuses. Il s'agit majoritairement des groupes dissidents des différentes confessions du protestantisme parmi lesquelles on compte les évangéliques et les (néo)pentecôtistes. Au nombre de ces groupes, on compte par exemple les Eglises dites de Réveil notamment présentes en République démocratique du Congo. Parallèlement, il y a des groupes d'inspiration plus ou moins chrétienne de tendance philosophique et syncrétique comme la Rose-Croix et Eckankar principalement axés sur la réussite sociale. Si une partie des fondements de ces groupes autorise dans une certaine mesure l'appellation secte au sens où ils se sont détachés de l'enseignement officiel d'une Église et ont créé, pour certains, leur propre doctrine, il convient de les distinguer des mouvements sectaires dont l'acception varie d'ailleurs d'une culture à une autre5. En Afrique, le sens du mot secte, s'il a droit de cité, est loin de la notion d'hétérodoxie qu'on lui confère dans l'Eglise catholique et se rapproche plus de l'idée qu'on en a dans les cultures anglo-saxonnes protestantes. Dans celles-ci, il désigne " un groupe religieux plus récent, moins nombreux ou moins bien accepté qu'une Eglise "6. Cette définition rejoint davantage celle attribuée aux " nouveaux mouvements religieux ", terme pour lequel nous avons opté pour sa neutralité.
La formule a été introduite par la sociologue britannique Eileen Barker, pour essayer d'éviter l'emploi d'un mot porteur de jugement de valeur7. Elle est devenue "standard" dans la littérature sociologique anglophone pour désigner un phénomène religieux récent ou moins bien intégré qu'une Eglise implantée. Cependant, d'autres auteurs comme Richard Bergeron, ancien professeur à la faculté de théologie de l'Université de Montréal et son homologue Roland Chagnon ont préféré utiliser l'appellation "nouvelle(s) religion(s)", renvoyant ainsi à une notion de nouveauté -même si la plupart de ces groupes avaient vu le jour il y a plusieurs années-8. Par ailleurs, ces mouvements sont appelés nouveaux, non seulement parce qu'ils sont apparus sous leur forme actuelle après la Seconde Guerre mondiale, mais aussi parce qu'ils se présentent comme une alternative aux religions institutionnelles officielles et à la culture dominante. Ils sont appelés religieux parce qu'ils déclarent vouloir offrir la vision d'un monde religieux ou sacré, ou des moyens pour atteindre d'autres objectifs comme la connaissance transcendantale, l'illumination spirituelle ou l'autoréalisation, ou bien parce qu'ils offrent à leurs membres des réponses aux questions fondamentales9.
Pour ce qui est du développement des récents phénomènes religieux en Afrique, il convient, à la suite de l'universitaire congolais Joseph Cihunda Hengelela, de reconnaître trois acceptions au terme nouveaux mouvements religieux10. Il s'agit d'abord des mouvements considérés comme dissidents des grandes religions monothéistes. Ensuite, de mouvements syncrétistes religieux théosophiques, de mouvements syncrétistes sécularisés utilisant un jargon pseudo-scientifique et de mouvements religieux non-syncrétistes. Enfin de mouvements non-conformistes ayant un caractère exotique du fait de leur provenance ou de leur nouveauté.
2- Les origines
L'émergence du phénomène des nouveaux mouvements religieux coïncide avec le début des années 1990 qui marque l'entrée de l'Afrique dans une nouvelle ère politique caractérisée par les transitions démocratiques11. Le processus ainsi entamé aboutit à l'adoption, dans presque tous les pays africains, de nouvelles constitutions consacrant les principes fondamentaux de liberté comme la reconnaissance du multipartisme et la proclamation des droits et libertés humaines. L'avènement du Renouveau démocratique mit ainsi fin à l'aliénation de l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme des Nations unies (Paris, 10/12/1948) qui reconnaît expressément à tout individu " le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion "12. Dès lors, la liberté religieuse favorisera la prolifération de " nouvelles " Eglises qui se développent parallèlement aux religions majoritaires : l'animisme, l'islam et le christianisme.
Il faut toutefois remarquer que les dissidences avec les religions anciennement établies ne sont pas exclusivement liées aux années 1990. Un bref aperçu de l'histoire de ce qu'on peut appeler les " Eglises africaines " permettra de se faire une idée de l'émergence actuelle des nouveaux mouvements religieux. En 1632, Francisco Kassola, membre de la tribu des Bakongo13, est le premier Africain connu à se proclamer prophète et fils de Dieu. Il était connu pour ses guérisons miraculeuses. Le témoignage d'un missionnaire raconte ses activités : " Lorsqu'il arrivait dans un village, les habitants lui construisaient quatre cases; une pour dormir, une autre où il accordait le beau temps, une autre où il accordait la pluie, et une quatrième où il opérait les guérisons "14.
Cependant, la première tentative pour fonder une Église eut lieu en 1704. Une jeune Congolaise, Kimpa Vita, baptisée Dona Béatrice crée la secte des Antoniens à l'âge de vingt-deux ans. Le capucin Da Gallo qui fit subir un interrogatoire à Béatrice livre ainsi le récit de sa vocation : " L'événement arriva ainsi, disait-elle : étant malade et au moment de mourir, à l'agonie, un frère habillé comme un capucin lui apparut. Il lui dit être saint Antoine, envoyé par Dieu dans sa tête pour prêcher au peuple et avancer la restauration du royaume "15. Du reste, Béatrice récuse la pratique de la confession individuelle, la doctrine de l'Eucharistie et la récitation de prière en latin. Elle officialise le syncrétisme et autorise la polygamie auprès de ses fidèles. À l'en croire, Jésus, Marie et saint François seraient des Kongo. Bethléem se trouverait en Nsundi tandis que Jérusalem ne serait autre que Mbanza Kongo. "C'est notre propre religion qu'ils ont travesti et qu'ils essaient de nous revendre ", clamait-elle. Accusée d'hérésie, elle fut brûlée vive en 1706 sur ordre du roi chrétien du Congo, Pierre IV N'Samu Mbemba (1709-1717)16.
Au demeurant, " c'est dans le contexte de la société coloniale que le pouvoir et les Églises établies subirent les premières secousses de la part de nouvelles Églises. La naissance de ces mouvements s'explique en grande partie par la réaction culturelle et sociale à l'envahissement de l'Occident " écrit J. Peeters17. Les premiers mouvements religieux structurés qui sont apparus dans ce cadre sont les Eglises Indépendantes Africaines (EIA). L'expression Églises indépendantes africaines (African Independent Churches, AIC, en anglais) désigne, à l'origine, les Églises "séparatistes" fondées par des Africains pour des Africains, en rupture avec les Églises historiques missionnaires18. C'est en Afrique du Sud qu'elles ont d'abord émergé19. En 1892, une Église " éthiopienne "20 est fondée à Watwaterslan (centre de la région du Transvaal) par Mangena Mokono, ancien pasteur méthodiste révolté par la ségrégation raciale. Il promettait de libérer le peuple des servitudes21.
Par la suite, dans le cadre des indépendances de la plupart des Etats africains, les années 1960 favoriseront l'apparition de nombreuses EIA. Parmi celles-ci, les harristes de Côte d'Ivoire, les kimbanguistes du Congo et les Aladura ou Christianisme céleste du Bénin et du Nigeria. Les fondateurs de ces églises qui revendiquent souvent le titre de prophète inscrivirent leurs actions en réaction contre le colonialisme et contre la réponse jugée insuffisante du christianisme. Ainsi, le principal reproche adressé à ce dernier est de ne pas particulièrement observer le message de Jésus en faveur de la liberté et de l'égalité de tous les hommes, et de refuser aux Africains et à leur culture la place qui leur revenait dans les églises22. Cependant, il faut se garder de tout amalgame : les nouveaux mouvements religieux diffèrent des Eglises Indépendantes Africaines avec lesquelles ils sont seulement liés par l'adjectif " indépendant ". Pour les EIA, la protestation nationaliste contre les pouvoirs coloniaux et leurs accolés chrétiens était intimement liée aux convictions religieuses d'où la connotation politico-religieuse de leur action. Cependant, si les EIA continuent d'exister, leur situation a considérablement évolué depuis les années 1990 avec l'apparition des NMR qui, quant à eux, revendiquent une action indépendante des Eglises traditionnelles avec, en ligne de mire, une sotériologie pragmatique. Il convient, dans le cas qui nous occupe, de limiter nos propos à ces derniers, notamment aux groupes issus du protestantisme y compris des nouvelles communautés proclamant le Christ comme sauveur, fût-ce par des voies syncrétiques.
II. Caractéristiques : le succès des NMR en afrique 
Si l'évolution croissante des NMR rend difficile l'établissement de statistiques précises, on estime aujourd'hui leur nombre à plus de 9000 en Afrique subsaharienne23. On établit volontiers une corrélation entre l'implantation du christianisme et le progrès des NMR de tendance chrétienne. Pour Éric de Rosny, c'est la religion dominante du pays qui influence le plus l'émergence des nouvelles Églises24. Cette affirmation tend à se confirmer au vu des statistiques. Dans les pays à majorité chrétienne comme le Nigeria, le Bénin, le Ghana et le Congo, le phénomène des NMR s'observe de manière exacerbée contrairement à des pays à forte population musulmane (Niger, Guinée, Sénégal).
Qu'est-ce qui explique le succès grandissant des NMR en Afrique ?
1- Caractéristiques principales des NMR
Les Québécois furent les premiers dans le monde francophone à étudier, dans les années 1970, le phénomène des nouveaux mouvements religieux25. Ces études proposent des typologies intéressantes sur le sujet.
Les travaux de Frederick B. Bird définissent une typologie qui repose sur la modalité d'appartenance des adeptes. L'intérêt de cette typologie est d'être centrée sur le rapport qui s'établit entre l'adepte et le groupe. Elle offre une échelle qui permet de nuancer le degré d'autonomie dont jouit l'adepte à l'intérieur d'un nouveau mouvement religieux26. Richard Bergeron a cherché, pour sa part, à dégager les axes selon lesquels se construisent les grandes traditions religieuses afin de définir le fonctionnement des nouveaux phénomènes religieux. Cette typologie a le mérite de braquer le regard sur les aspects religieux du phénomène27. Dans ses travaux sur les motivations d'adhésion aux nouveaux mouvements religieux, Roland Chagnon a élaboré une typologie qui identifie l'impact que peut avoir un groupe sur la construction de l'identité personnelle28. Cette typologie a permis de donner un cadre à des travaux qui ont prouvé hors de tout doute que la conversion aux nouvelles religions n'était pas le fait d'une manipulation à l'insu de l'adepte, mais bien une démarche qui s'inscrit dans une quête d'identité.
La question d'identité est donc au centre des actions des NMR. La caractéristique principale des NMR en Afrique est de proposer un christianisme réajusté et réinterprété, un christianisme africain. Ils cherchent avant tout à mieux répondre aux conditions de vie en développant une religion adaptée aux besoins sociaux et religieux des populations. " Dès lors on peut dire qu'ils se situent à l'intersection d'une crise de société et d'une critique du christianisme " affirme Bruno Chenu29.
Sur le plan liturgique, le fonctionnement des NMR requiert des exigences que tous les fidèles sont priés de respecter. La liturgie est formée essentiellement des cultes d'adoration et d'intercession, des études et enseignements bibliques, des veillées de prière, des jeûnes et des séances de guérisons-miracles.
La théologie veut que le salut soit lié à la conversion, et non pas à la réception des sacrements ou à l'appartenance à une Eglise. Dans les prédications, les versets bibliques sont martelés dans le dessein de confirmer l'idée d'un salut assuré30.
2- Une sotériologie à trois voies
Le succès des NMR en Afrique est le résultat d'une stratégie bien étudiée et rodée. Elle se résume à une phrase : la foi en Jésus est la réponse à tous les problèmes sociaux. Devant les nombreux fléaux qui minent le continent, crise, famine, guerre, ébranlement des structures traditionnelles, les nouvelles Eglises se présentent comme une alternative à la torpeur des religions chrétiennes traditionnelles en proposant une forme de christianisme plus populaire et plus dynamique, axé sur une foi fervente et thérapeutique. Face à tant de désarroi, les mobiles de leur action sont d'abord et surtout la démonstration du salut immédiat. Le salut dont il s'agit se montre patent à travers la triple promesse de sortie de la pauvreté matérielle, de guérison du corps et surtout de l'âme et enfin de prospérité au-delà de la vie sur terre. En cela, la démarche vise les principales et fondamentales préoccupations des populations en garantissant par des méthodes pragmatiques et adaptées le bonheur sur terre et au-delà.
a) La sortie de la pauvreté matérielle ambiante
Qui ne le sait pas encore : l'Afrique est économiquement le continent le plus pauvre. La situation sociale y est par endroits insoutenable. Au demeurant, on ne peut s'empêcher de faire une corrélation entre la progression galopante des NMR en Afrique subsaharienne et la concentration de la pauvreté dans cette partie du continent. Cette situation garantit sans doute le succès de ces groupes. Promesse de Gascon ou pas, ils prétendent apporter à leurs adhérents des solutions rapides aux échecs et aux difficultés de la vie quotidienne. C'est pour cette raison qu'ils développent une théologie fondée sur ce qu'on appelle l'évangile de la prospérité matérielle (argent, travail…). Il consiste à affirmer ou à susciter la certitude que le salut promis par le Christ commence ici sur terre et que celui-ci y pourvoit déjà en gratifiant de biens matériels celui qui met sa confiance en lui et respecte les commandements de l'Eglise. Le discours sotériologique est axé sur le succès, la santé et la prospérité dans cette vie. On comprend que les NMR séduisent davantage les classes défavorisées, ceux qui aspirent à une vie plus aisée.
Par ailleurs, pour donner l'assurance des bénéfices immédiats des promesses, il n'est pas rare que les pasteurs recourent à des moyens peu orthodoxes. La réussite matérielle et par conséquent sociale étant reçue comme une bénédiction, elle ne pourrait prétendument être acquise qu'après une séance de désenvoûtement, encore mieux de délivrance de tout lien satanique, source d'échec et de blocage du projet de Dieu31. Outre les pratiques religieuses qui font souvent l'objet de critique, il y a le rapport des dirigeants à l'argent. Parmi les commandements sur lesquels insiste le pasteur, il y a celui qui veut que le fidèle s'occupe en premier du bonheur matériel du pasteur. Il s'agit de commencer à vérifier les effets de l'évangile de la prospérité matérielle sur celui-ci par un appel au don généreux. Doit-on comprendre par là que la promesse du salut matériel immédiat est un moyen pour les responsables des NMR d'accéder à un statut social plus élevé et plus aisé ? Toujours est-il que l'estimation de la richesse des dirigeants est un point névralgique du problème des NMR en Afrique, celle des Eglises elles-mêmes encore plus. Il s'avère que certains mouvements religieux préfèrent être enregistrés comme organisations non-gouvernementales plutôt que comme Eglises afin de faciliter les manipulations liées aux collectes et aux dépenses32.
b) La guérison immédiate de l'âme et du corps
S'il y a une idée qui subsiste dans les croyances traditionnelles africaines, c'est celle du lien inextricable entre le corps et l'âme. Le corps ne peut souffrir sans qu'il y ait un déséquilibre au niveau de l'âme. Du reste, pour traiter entièrement un trouble, une maladie, il faut gérer la part invisible de laquelle le trouble découle33. Cette idée est à la base de l'indispensable place des guérisseurs dans les sociétés traditionnelles africaines, conférant à ces derniers un rôle essentiellement religieux.
Avec la politique d'adaptation qui est la leur, les NMR ont bâti leur pratique sur des guérisons spectaculaires. Dans un contexte habitué aux manifestations métaphysiques, comment ne pas rallier par la distribution des guérisons-miracles. Jean-Pierre Missié pense que les nouvelles Eglises africaines mobilisent parce qu'elles proposent une autre puissance que celle des sorciers, des génies et des esprits ancestraux, en gros des miracles34. Ceux-ci sont effectués au nom de Jésus. L'un des slogans les plus scandés est " Jésus-Christ délivre " du poids de la maladie, de la souffrance et de tout tourment. Cependant, il n'y a pas de raison que ces bienfaits soient tenues discrets. Les guérisons, en plus d'être spectaculaires, sont accompagnées d'aveux publics de la bonté divine. Apparaît ici une stratégie de séduction des indécis, fût-ce par une propagande tapageuse35.
Par ailleurs, le mal-être physique mais surtout moral étant le corollaire de toute situation de pauvreté, les NMR, dans l'objectif d'apporter des soulagements aux détresses, ont mis en place un système appelé " la cure d'âme ". L'âme étant le lieu de rencontre avec Dieu, la cure d'âme est la recherche par le pasteur du bien être du fidèle, de son équilibre psychique et de son harmonie spirituelle par le biais de l'évangile. Elle consiste en des entretiens directs avec le fidèle sur sa vie, son histoire, ses relations familiales et sociales etc. Ces entretiens ont pour but de situer l'origine du mal qui ronge le fidèle et l'empêche de vivre sa foi. À travers cette relation d'aide et de confiance, on comprend que le pasteur joue à la fois le rôle de psychologue et de conseiller spirituel36. En somme, il apparaît que le groupe religieux prend en charge la santé de l'individu, ses liens avec la communauté et ses rapports avec l'invisible37.
Ciblant l'âme, sous prétexte de guérisons physiques ou morales, l'action des NMR touche une part essentielle des individus. La promesse d'un salut des âmes vient en guise de prémices au mystère de la rédemption dont les pasteurs sont pour le moment les garants sur terre. De plus, frisant la magie, les moyens mis en œuvre pour faire valeur l'idée de guérisons des âmes séduisent.
c) La prospérité au-delà de la mort
En Afrique, n'importe qui ne s'improvise pas pasteur. Pour l'être il faut, au-delà du charisme, montrer un peu de crédibilité. Elle consiste à faire valeur un certain prophétisme. C'est pour cette raison que la plupart des leaders des NMR affirment avoir entendu la voix de Dieu ou avoir reçu une révélation spéciale, celle de la promesse d'un monde nouveau. De ce fait, ils revendiquent le monopole du salut ultime, celui d'après la mort. Et pour cause. Dans un contexte où le poids de l'infortune s'avère écrasant, le rêve d'un monde nouveau, d'une vie nouvelle après la mort est porteur d'espoir. Il paraît difficile de faire litière de cette promesse. Par là, le discours sur le salut prend des airs non seulement messianiques mais aussi millénaristes38. Il consiste à annoncer la révolution pour bientôt, le renversement spectaculaire de la situation, la venue d'un sauveur qui instaurera un royaume de prospérité et de paix. La perspective d'un sauveur se révèle ainsi synonyme d'une nouvelle vie débarrassée de sa morosité actuelle.
Par ailleurs, pour convaincre de la véracité de leur promesse du salut, les NMR ne prétendent pas à une sotériologie universelle. Ils ne demandent pas à sauver le monde entier car les bonnes choses ne sont pas accessibles à tous. Le salut est donc réservé à une minorité. Cette idée cautionne d'ailleurs la bonne attitude à avoir sur terre -le respect des commandements de l'Eglise- afin de gagner la vie promise.
Somme toute, les nouvelles Eglises garantissent aux fidèles une sorte de protection et de confiance fraternelle contre les tragédies quotidiennes. Sortir de la misère matérielle, pouvoir exprimer son être profond, être accueilli dans une famille élargie, vivre une foi vigoureuse et animée…, il apparaît que devant l'ébranlement des structures économiques, politiques et sociales, l'Africain cherche des voies de salut dans ces Eglises. Celles-ci rompent avec l'intelligence et l'ordre symbolique des grandes Eglises catholiques et protestantes en développant une religiosité qui est davantage en affinité avec la culture populaire, en l'occurrence celle des villes. Leurs pratiques à la fois thaumaturges et ultramodernes, par le mode de séduction qui les caractérisent, révèlent de véritables procédés de clientélisme. Dans ce dessein, elles n'hésitent pas à puiser dans les registres de communications les plus sophistiqués de la musique et autres expressions artistiques39.
De manière concrète, surtout sur le plan social, il y a des points de vue qui ne manquent pas de souligner les effets positifs que les actions des NMR produisent sur les populations : lutte contre l'alcoolisme, la drogue, les dérives sexuelles etc… Dans la défense de l'égalité des sexes, les nouveaux mouvements offrent des possibilités aux femmes, en leur accordant par exemple plus de place dans l'Eglise et dans la société. En définitive, dans la recherche d'une solution hâtive à des revendications sociales, religieuses voire identitaires insuffisamment gérées par la communauté des grandes Eglises, la plupart des Africains mettent leur espoir dans les NMR40. Il apparaît que la prétention de ces derniers à la satisfaction des préoccupations majeures des populations est la principale cause de désaffection que l'Eglise catholique connaît actuellement en Afrique et par là, l'un de ses plus importants défis sur le continent.
III- L'ÉGLISE CATHOLIQUE EN DIFFICULTÉS
1- Défi pastoral
C'est en des termes de logique marchande que Jean Mercier résume la situation de l'Eglise catholique face aux NMR : "En Afrique, l'Eglise perd des parts de marché au profit des néoprotestants qui se débrouillent mieux qu'elle"41. Depuis leur naissance, les nouveaux mouvements religieux n'ont de cesse d'inquiéter les grandes religions car ils sont perçus comme une menace. André Rétif écrit en 1959 qu'" aux quatre dangers que l'Encyclique Fidei donum signalait pour l'Afrique noire en 1957 : hypernationalisme, athéisme, marxisme, Islam, on aurait pu en ajouter un cinquième : la prolifération des "Églises" noires "42. Mais en réalité, il faut noter que L'Eglise catholique a cessé progressivement de considérer ces mouvements comme une menace et les voit maintenant plutôt comme un défi pastoral. Il convient de faire ici le point sur les principaux défis pastoraux initiés par l'Eglise pour essayer de juguler les nouveaux phénomènes religieux en Afrique.
En 1985, en réponse à un souci exprimé par les conférences épiscopales à travers le monde, une étude, la première dans le cadre de l'Eglise, sur la présence et l'activité des " nouveaux mouvements religieux " et autres " sectes"… a été entreprise par le Secrétariat pour l'unité des chrétiens, le Secrétariat pour les non-croyants et le Conseil pontifical pour la culture. Ces dicastères, avec la Secrétairerie d'État, étaient depuis un certain temps préoccupés par le sujet. Dans un rapport intérimaire, rendu public le 3 mai 1986, basé sur les réponses (environ 75) et la documentation reçues au 30 octobre 1985 des conférences épiscopales régionales ou nationales, le Secrétariat pour l'unité des chrétiens et les deux autres dicastères ci-dessus cités, en guise de réponses pastorales, ont soumis un certain nombre de propositions en réaction au développement des nouveaux phénomènes religieux43. Elles se déclinent en six points : 1/ Développer le sens de la communauté, 2/ Renforcer la formation des prêtres et la formation continue des laïcs, 3/ Mener une approche personnelle et intégrale de la foi, 4/ Travailler l'identité culturelle des Eglises locales (l'inculturation), 5/ Revaloriser la prière et le culte en revoyant les modèles classiques de la liturgie, 6/ Harmoniser le ministère des prêtres et celui des laïcs en donnant priorité à la promotion des ministères diversifiés. Dans ce dernier point, on souligne l'intérêt que les prêtres ne soient plus considérés principalement comme des administrateurs, des employés de bureau ou des juges, mais plutôt comme des frères, des guides, des consolateurs, des hommes de prière44.
Au-delà de ces propositions qui paraissent encore centrées sur une pastorale unidimensionnelle, tournées uniquement vers l'Eglise catholique, le rapport des trois dicastères recommande de recourir en l'occurrence aux orientations du synode extraordinaire de 1985. Souhaité par le pape Jean-Paul II, le synode qui eut lieu du 25 novembre au 8 décembre à Rome en la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, en donnant un certain nombre d'orientations concernant le renouveau de l'Église aujourd'hui, invitait à célébrer, à vérifier et à promouvoir le Concile Vatican II. Le rapport ne manquera pas de souligner que les orientations du synode, outre la prise en compte des nécessités générales de l'Église, sont également une réponse aux besoins et aux aspirations que certains fidèles recherchent dans les nouveaux mouvements religieux. Elles soulignent les défis pastoraux et la nécessité d'un projet pastoral d'ensemble.
Dans la même ligne, à la question quels défis les nouveaux mouvements religieux posent-ils aux Églises traditionnelles, le Comité permanent du Symposium des Conférences Episcopales d'Afrique et Madagascar (SCEAM) a tenté d'apporter des réponses lors de sa réunion de 199245. On a dressé une liste de quatre défis pour l'Église catholique en réaction aux questions des nouveaux phénomènes religieux. D'abord, on souligne qu'il faut prendre l'Afrique au sérieux. Partant du principe de la réalité d'oppression politique, d'écroulement économique et d'aliénation sociale du continent, les Églises devraient faire face à ces situations en conservant une attitude critique à l'égard des gouvernements et s'impliquer davantage dans les débats sociaux. Ensuite, on suggère de créer une Église bien africaine sans tomber dans le syncrétisme, ainsi donner vie à une Église dans laquelle les Africains s'identifieront plus facilement. Le troisième défi découle du dernier, soit d'imaginer des cultes plus participatifs. En dernier lieu, on suggère de revenir à la Bible en se centrant davantage sur l'évangélisation des fidèles46.
Deux ans plus tard, les revendications pour une Eglise typiquement africaine, l'un des atouts majeurs des nouvelles Eglises, vont être relayées par le Synode africain de 1994. Les enjeux de ce Synode font de lui un événement majeur dans l'évolution de l'Église africaine, notamment avec la légitimation du principe d'inculturation47.
Devant les timides résultats de ces propositions pastorales, puisque les NMR continuent de gagner du terrain en Afrique, le Vatican commence à manifester ses préoccupations. En juin 2004, le cardinal Crescenzio Sepe, préfet de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples, a estimé que, face au développement des nouveaux phénomènes religieux, l'Eglise catholique devait renforcer l'instruction religieuse et mieux former ses prêtres48. De manière locale, avec l'accord du Vatican, au Bénin où le phénomène des nouveaux mouvements religieux est accru, en juillet 2007, l'Eglise catholique a désigné dans chacun des dix diocèses que compte le pays des exorcistes catholiques pour aider les fidèles à lutter contre "des attaques de sorciers ou de puissances maléfiques"49. Par ailleurs, certains auteurs comme Jean Mercier pensent que la lettre apostolique en forme de Motu proprio sur l'usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 signée par le pape Benoît XVI en juillet 2007 est " un recadrage théologique et liturgique " afin de réaffirmer l'identité catholique face aux nouveaux phénomènes religieux50. De même, en 2008, le pape a convoqué un synode spécial des évêques africains sur le thème de la réconciliation, la justice et la paix qui s'est tenu du 4 au 25 octobre 2009 au Vatican. Dans les préoccupations liées au thème principal, on note les tentatives de dialogue avec l'islam et les groupes religieux à qui l'on a prêté l'appellation " sectes d'origine protestante ". Dans les recherches de solutions pastorales, c'est sur le dialogue qu'il faudra désormais compter. Cependant, on tient à signaler que le principal point d'achoppement se révèle l'attitude de ces groupes par rapport au catholicisme : "Dans l'espace public, l'Église catholique est l'objet d'une virulente agressivité de la part des sectes chrétiennes, instrumentalisées par les politiques pour saper les valeurs qu'elle défend : famille, respect de la dignité et de la sacralité de la vie humaine, unité"51. Dans la ligne du synode, plus récemment, lors de son dernier voyage en Afrique, en novembre 2011 au Bénin, le pape a remis aux évêques africains un document de 130 pages en guise de feuille de route de l'Eglise catholique africaine. Dans l'exhortation apostolique post-synodale, le ton est à la fermeté par rapport aux NMR qui " exploitent la crédulité et offrent une caution religieuse à des croyances multiformes et hétérodoxes non-chrétiennes ". Ainsi faisant, ils "détruisent la paix des couples et des familles à cause de fausses prophéties ou visions "52.
2- Une question d'identité 
Les réflexions liées à la montée des nouveaux phénomènes religieux portent sur une question essentielle : comment devrait être le christianisme africain?
Les principales attaques des NMR envers l'Eglise catholique en Afrique ciblent la question de son identification à un système colonial étranger et son incapacité à présenter des solutions concrètes aux problèmes quotidiens des populations. On comprend que le point névralgique du problème des nouveaux phénomènes en Afrique est l'africanisation en profondeur de la foi chrétienne, et par là la question de l'identité de l'Eglise catholique en Afrique. Faut-il procéder à une indigénisation sans limite des formes du catholicisme en Afrique ou considérer que tout ce qui est dans la culture africaine n'est pas adaptable au christianisme ? La question a toujours préoccupé l'inculturation et la réponse apparaît dans la définition du principe : "L'inculturation est l'incarnation de la vie et du message chrétiens dans une aire culturelle concrète, en sorte que non seulement cette expérience s'exprime avec les éléments propres de la culture en question, mais encore que cette même expérience se transforme en un principe d'inspiration, à la fois norme et force d'unification, qui transforme et recrée cette culture, étant ainsi à l'origine d'une nouvelle création "53. On relèvera qu'il s'agit bien d'une transformation et d'une recréation de la culture par l'évangile et non l'inverse. Dans le débat concernant l'africanisation du christianisme, la peur que les fondements de la religion catholique soient dénaturés est apparente. Elle est souvent justifiée par les risques de syncrétisme que comporte l'expérience. Yves Labbé note que " les textes magistériels transmettent souvent la crainte d'un relativisme culturel qui ferait obstacle aussi bien à la transcendance de la vérité qu'à celle de la Révélation "54.
Le catholicisme serait-il une religion mal adaptée à l'Afrique ? Le constat est parlant : en s'accommodant aux conditions sociales et à la pensée religieuse traditionnelle, les nouvelles Eglises semblent combler quelque peu les aspirations populaires. En allant puiser dans le fond religieux traditionnel -thaumaturgie, culte démonstratif, sotériologie pragmatique-, ces Eglises s'approprient la culture. Et c'est le principal reproche adressé à l'Eglise catholique, d'être réticente par rapport à certains aspects de la culture africaine. Aujourd'hui, il n'y a que dans la liturgie que les déploiements de l'inculturation se font probants -traduction de la Bible en langues locales, adaptation de la musique et des chants sacrés, inculturation du rituel chrétien, etc-. L'art chrétien d'inspiration locale peine à y trouver une place55.
Il apparaît en général qu'au-delà des points d'achoppement théologiques et liturgiques, le problème semble essentiellement culturel. Comment une religion forgée dans une culture peut-elle fondamentalement s'adapter dans une autre ? La question n'est pas seulement posée au christianisme en Afrique. En cherchant de répondre à l'interrogation suivante : " Le Christ a-t-il une place en Asie ? ", le jésuite sri-lankais Aloysius Pieris distingue religions cosmiques c'est-à-dire les religions autochtones et religions métacosmiques (les grandes religions missionnaires). Il compare ces dernières à des hélicoptères dont les religions cosmiques seraient le terrain d'atterrissage. En énonçant le principe de complémentarité qui existe entre les deux, il achève de tirer la conclusion suivante : " notre pronostic […] est que les cultures qui ont absorbé les grandes religions n'ont pas de place pour le Christ "56. En reportant le propos sur le cas africain, on notera ainsi la difficile implantation du christianisme dans un contexte encore imprégné de religions cosmiques. Elles continuent de servir de terreau à la pensée et aux pratiques religieuses sur le continent. Et l'on ne s'en cache plus. Il n'est pas rare d'attendre certains Béninois proclamer haut et fort qu'ils sont des " chrétiens fifty/fifty ", c'est-à-dire qu'en se reconnaissant chrétiens, ils assument la part des croyances ancestrales desquelles ils ne prétendent pas se départir. De même, n'a t-on pas coutume d'entendre à propos des statistiques des religions : " Au Bénin, il y a 27% de chrétiens, 24% de musulmans et 100% d'animistes "?
On retiendra en définitive qu'au centre du problème de la montée des nouvelles Eglises en Afrique et des problématiques liées comme l'africanisation du christianisme -inculturation-, se trouve la question ou la peur de la désintégration du christianisme. Cependant, parmi les points de vue, il y a un qui appelle à la dédramatisation. Il suggère la question : qu'est-ce que ces Eglises peuvent apporter au christianisme ? et non quelles menaces représentent-elles ? Selon Bruno Chenu, elles peuvent aider le christianisme à retrouver le sens des symboles, celui de la fécondité et de la vie, le sens de la famille et de la communauté, et les relations entre les vivants et les morts57.
Pour finir, il convient d'exprimer une conviction : toutes les religions dites missionnaires ou métacosmiques -le christianisme et l'islam notamment- sont aujourd'hui mises au défi d'assurer à la fois la dimension universelle et la dimension particulière en Afrique. Privilégier l'une au détriment de l'autre viendrait à imposer une identité. Nous vivons en un monde où l'universalisation exacerbée entraîne parfois des revendications d'identité. Il s'agit de travailler à l'articulation entre l'universel et l'identité. C'est l'un des défis majeurs de l'Eglise catholique en Afrique pour les années à venir. Bruno Chenu reconnaît cinq termes pour une approche des religions africaines : le pouvoir de la vie, le souci de l'homme, la recherche de plénitude, la continuité du temps et la santé58. Il sera nécessaire à l'Eglise catholique africaine d'en faire ses fondements pour espérer que les cultes syncrétiques et les nouveaux phénomènes religieux ne l'absorbent.

1. J. Mercier, "Le défi de l'autre", L'Atlas des religions, Coédition La Vie-Le Monde, Hors-série, 2007, p. 54.
2. Prévisions de Rogelio Saenz de l'Université du Texas reproduites dans L'Atlas des religions…, p. 53.
3. L'Atlas des religions…, p. 54.
4. Entre le désenchantement du monde et la fin d'un monde, on se pose, à tort ou à raison, depuis quelques années, sur fond de recul du religieux, la question de la mort programmée du catholicisme en Europe. Voir M. Gauchet, Le désenchantement du monde, Paris, Gallimard, 2005 et D. Hervieu-Léger, Catholicisme, la fin d'un monde, Paris, Bayard, col. Questions en débats, 2003.
5. La caractérisation des mouvements sectaires fait polémique dans le monde scientifique. Cependant, on s'accorde aujourd'hui à traiter de sectes les groupes dont les responsables sont accusés de brimer les libertés individuelles ou de manipuler mentalement leurs disciples, afin de s'approprier leurs biens et de les maintenir sous contrôle. Ces groupes le sont davantage quand ils constituent une menace pour l'ordre social.
6. H. Poulain, "Les Nouveaux Mouvements Religieux", L'Atlas des religions…, p. 114.
7. Voir M. Introvigne, ""Nouveaux mouvements religieux", une expression dépassée ?", Religioscope, 28 mars 2002, p. 2.
8. Voir R. Bergeron, Le cortège des fous de Dieu : un chrétien scrute les nouvelles religions, Montréal, Éditions Paulines, 1982 et R. Chagnon, Trois nouvelles religions de la lumière et du son : la Science de la spiritualité, Eckankar, la Mission de la lumière divine, coll. Notre temps, 31, Montréal, Éditions Paulines, 1985.
9. P. Téqui, Sectes et Nouveaux Mouvements religieux. Anthologie de textes de l'Eglise catholique 1986-1994, Paris, Pierre Téqui éditeur,1996, p. 49.
10. J. Cihunda Hengelela, "Emergence de nouveaux mouvements religieux et son incidence sur l'espace public à Kinshasa", Administrer l'espace public africain, 12e Assemblée générale du CODESRIA, Yaoundé Cameroun, 7- 11/12/2008, édition numérique, p. 2.
11. C'est le Bénin, alors république populaire, qui s'est engagé le premier dans le processus de transition démocratique, entraînant de ce fait plusieurs autres pays africains dans cette voie. L'effondrement du mur de Berlin est la cause principale du changement de régime politique au Bénin. Le discours de La Baule (juin 1990) qui est selon plusieurs auteurs l'acte initiateurs ou provocateurs des transitions démocratiques en Afrique a eu lieu après la conférence des forces vives de la nation béninoise (février 1990).
12. Voici les termes de l'article : "Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites".
13. Les Bakongo sont un peuple d'Afrique centrale établi sur la côte atlantique de Pointe-Noire au nord (République du Congo) à Luanda (Angola) au Sud et à l'Est jusque dans la province du Bandundu (République démocratique du Congo).
14. M. Sinda, Le messianisme congolais et ses incidences politiques, Paris, Payot, 1972, p. 23.
15. Ibid., p. 46.
16. Au moment des faits, Pierre (Pedro) IV régnait sur Kibangu à l'est de Mbanza Kongo, la capitale du royaume kongo, d'où la divergence entre l'année de la mort de Dona Béatrice (1706) et le début de son règne sur tout le royaume (1709).
17. J. Peeters, "Sectes et mouvements religieux en Afrique", Spiritus, n°115, 1989, p. 179.
18. H.W.Turner, "A typology for African Religious Movements", Journal of Religion in Africa, vol.1, 1967, p. 1-34.
19. Voici les principales fondées avant la Deuxième Guerre mondiale : The Zulu Mbiyana Church (1894), The Zulu Congregational Church (1896), The African Mission Home Church (1907), The African United Zulu Church (1916), The African Congregational Church (1917), The Zulu of African Ethiopian Church (1918), The African Free-Congregational Church (1929), The African Congregational Church Lika Mvuyna (1936)
20. Mokono ne se référait nullement à l'Éthiopie telle qu'elle existait à son époque mais à l'Éthiopie biblique (Kush). Il s'agissait donc d'une référence avant tout religieuse qui permettait de fonder les revendications autonomistes des Noirs sur la Bible, Kush étant alors le seul empire africain connu jouissant de l'indépendance politique.
21. "Fils de Kush, peuple nourri de souffrance et abreuvé de larmes, votre servitude ne durera pas éternellement!" affirmation de Mokono rapportée in S. Semporé, L'état des religions, Paris, Boréal, 1987, p. 139.
22. Voir Y. Morel, "Reflet du désarroi social et culturel contemporain : les nouveaux mouvements religieux", Débats. Courrier d'Afrique de l'Ouest, n°14, avril 2004, p. 15-20.
23. H. Poulain, "Les sectes grignotent l'Afrique", L'Atlas des religions…, p. 104.
24. E. de Rosny, L'Afrique des guérisons, Paris, Karthala, 1992, p. 127.
25. En France, il a fallu attendre le début des années 2000 pour voir apparaître dans le giron universitaire le premier ouvrage digne du nom sur l'étude du phénomène. Il s'agit de Collectif, Nouveaux mouvements religieux, Paris, PUF, Col. Revue Ethnologie Française, 2001.
26. F. Bird, "The Pursuit of Innocence : New Religious Movements and Moral Accountability", Sociological Analysis, 40, 4, 1979, p. 335-346.
27. R. Bergeron, Le cortège des fous…
28. R. Chagnon, Trois nouvelles religions…
29. B. Chenu, "Religions en Afrique : Mouvements religieux actuels", Regards sur l'Afrique, décembre 2006, p. 5. Article consultable sur le site de la Société des Missions Africaines : http://www.missions-africaines.net.
30. Voir A. Shorter, "Des miracles à gogo", Afriquespoir, n° 15, Juillet - Septembre 2001, p. 11.
31. A. Shorter, "Des miracles à gogo", Afriquespoir…, p. 5.
32. Ibid.
33. Voir J-C. Bahoken, Clairières métaphysiques africaines, Paris, Présence africaine, 1967, p. 48.
34. J.-P. Missié, "Religion et identité : les Églises de réveil au Congo", in Les Cahiers de l'Interdisciplinaire, Groupe de Recherche sur l'Afrique Contemporaine (IGRAC), n° 1, 2005, p. 131.
35. Il apparaît de plus en plus que les NMR, par certaines pratiques bruyantes dans des locaux mal isolés, constituent une menace à l'ordre public en Afrique. Voir J. Cihunda Hengelela, "Emergence de nouveaux mouvements religieux et son incidence sur l'espace public à Kinshasa", Administrer…
36. W. Musitu Lufungula et W. Kitoko Matumona, "Nouveaux mouvements religieux et identité culturelle", Classiques des sciences sociales, n° inédit, 2007, p. 7.
37. B. Chenu, "Religions en Afrique : Mouvements religieux actuels", Regards…, p. 7.
38. Ibid.
39. H. Tincq, "Christianisme, une destination, le sud", L'Atlas des religions…, p. 47.
40. A. Shorter, "Des miracles à gogo", Afriquespoir…, p. 6.
41. J. Mercier, "Divorce à l'européenne", L'Atlas des religions…, p. 52.
42. A. Rétif, "Pullulement des Églises nègres", Études, septembre 1959, p. 186.
43. Secrétariat pour l'unité des chrétiens, le Secrétariat pour les non-croyants et le Conseil pontifical pour la culture, Le phénomène des sectes ou nouveaux mouvements religieux : Défi pastoral, Editions Saint Paul Afrique, 1986.
44. Voir le détail des propositions pastorales dans le document ci-dessus cité et dans M. Bernos, "L'Eglise catholique et les sectes à la fin du XXe siècle", in G. Audisio, Religion, secte et pouvoir, Rives nord-méditerranéenne, n°10, 2002, p. 69-82.
45. Voir C. Lesegrétain, "Les défis aux Églises traditionnelles", Actualité religieuse dans le monde, 15 mai 1993, p. 12.|
46. Ibid.
47. Voir à ce sujet R. Luneau, Paroles et silences du Synode africain, 1989-1995, Paris, Karthala, 1997,
p. 10.
48. H. Poulain, "Les sectes grignotent l'Afrique", L'Atlas des religions…, p. 105
49. Selon des estimations du ministère béninois de l'Intérieur, on dénombre 650 églises de type évangélique à travers le territoire national. Près de 15% de la population appartiennent à l'une d'elles, contre seulement 5% au début des années 2000. Source APIC-ONG, Bénin.
50. J. Mercier, "Divorce à l'européenne", L'Atlas des religions…, p. 53.
51. Texte du deuxième synode africain, Eglise en Afrique au service de la réconciliation, la justice et la paix, Instrumentum Laboris, chap. III, § 100. Voir le texte intégral dans J. Ndi-Okalla, Le deuxième synode africain face aux défis socio-économiques et éthiques du continent, Paris, Karthala, 2009.
52. Cf. le texte "Exhortation apostolique post-synodale Africae Munus du pape Benoît XVI aux évêques, au clergé, aux personnes consacrées et aux fidèles laïcs sur l'Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix", Chap. IV, § 91.
53. P. Chanson, "Inculturation", in I. Bria (dir.), Dictionnaire oecuménique de missiologie : Cent mots pour la mission, Paris, Genève, Yaoundé, Cerf/Labor et Fides /CLE, 2001, p. 165.
54. Y. Labbé, "Le concept d'inculturation", Revue des sciences religieuses, 80/2, 2006, p. 201-211.
55. La Conférence épiscopale régionale de l'Afrique de l'ouest a publié un document dans lequel il énonce les principes généraux d'une inculturation de la liturgie chrétienne dans la sous-région. Voir C.E.R.A.O, Vademecum pour l'inculturation en liturgie, Abidjan, CERAO Editions, 2003.
56. A. Pieris, "Le Christ a-t-il une place en Asie ? Vue panoramique" Concilium 246, 1993, p. 49-66 cité in F. Boespflug, "Religions missionnaires, religions non missionnaires", Revue des Sciences religieuses, 80, n°2, 2006, 153-154.
57. B. Chenu, "Religions en Afrique : Mouvements religieux actuels", Regards…, p. 8.
58. B. Chenu, "Religions en Afrique : Mouvements religieux actuels", Regards…, p. 6.


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