Léopold Congo Mbemba

Nicole BARRIERE

Au milieu de mille images
ton visage apparaît
j'étreins la visite qui précède ton corps
et je remplis la maison qui t'attend
de chants d'accueil
(Léopold Congo Mbemba, Le chant de Sama N'déye)

J'emprunte ces vers à Maxime NDEBEKA un autre poète congolais
« C'est bien ta voix
cette voix-là dans le gosier des bambous »
Car pour moi Leopold Congo Mbemba est d'abord une voix, un voix qui trace sillon tel « ce grand vent à notre encontre qui courbe l'homme sur la pierre comme l'araire sur la glèbe » Saint John Perse
Dans son premier billet, Léopold Congo Mbemba écrit :
Un homme vient de mourir, le vieux forgeron Aïssa Aït Yafelman. Avec lui meurt toute une époque. Que t'a-t-il légué en héritage ? Une phrase qui se mêle au vacarme qui raisonne dans ta tête :"Ici, nos ancêtres ont bâti une œuvre superbe. Une harmonie de tous les éléments. Une beauté. Un chef d'œuvre de grâce impossible à reproduire même en imagination"
Alors dans « Déjà le sol est semé » son premier recueil, Léopold cultive les traditions poétiques : celle de la révolte, celle de l'engagement et celle de l'intimisme et de la méditation, ce qui lui permet d'habiter les mots pour nous donner sa vision poétique du monde.
Dans « Le tombeau transparent »l'actualité sinistre de la guerre civile de 1997 commande à l'écrivain un retour sur les tragédies qui ébranlent son pays, le conflit civil, le martyr de morts sans sépulture, jetés en pâture aux oiseaux de proie et aux chiens,dont le poète a pour charge et mission "de construire la tombe de chacun de vos noms, / jusqu'à ce que revienne / la saison des bruines pour la regermination...".
Cette "parole claire" est animé par le souffle puissant et exigeant de la langue.
Sa voix a l'accent mélancolique du sage et le lyrisme incantatoire du griot, c'est un chant qui ouvre les entrailles de la terre, pour lui rappeler la solitude et la misère de la Mère Afrique. Il est question des blessures et des plis secrets de la mémoire sous le joug de la tyrannie des contrastes et des contradictions les plus violents, sous la dictature des priorités, imposées t par les « partenaires » économiques et politiques extérieurs
L'oeuvre de Léopold Congo Mbemba interroge l'actualité et l'histoire récente africaine mais aborde aussi le destin individuel, par une mise en lumière du « je » de l'auteur, et par l'élargissement de l'espace de sa parole, de son imaginaire personnel. Leopold investit l' univers plus vaste des êtres, tandis que sa langue se soumet à la personnification du chant de Sama N'déye.
Ce chant sont les mots recueillis dans l'écoute et gardés dans la fidélité du sang, Babacar Sall écrit dans la préface du livre « en s'inscrivant dans le registre du chant, Léopold Congo Mbemba élève la poésie à un niveau d'exigence que seuls atteignent ceux qui ont déjà achevé d'exprimer « le firmament intérieur des mots »
Plus qu'un chant et au-delà c'est un appel, une prière pour parler de sa terre jusqu'au « bégaiement de la langue de l'oracle, sensibles aux supplices des cœurs meurtris, j'ai entendu les morts répondant à la détresse des vivants. J'ai vu, approchant l'enfant qui garde l'âme, les morts rendant visite aux orants - je crois à la pluie qui répond aux appels des terres qui calcine la soif... »
Ce chant prend une ampleur autre dans « Ténors-Mémoires » recueil dédié à Damas, à Senghor et à Césaire, les poètes de la négritude. Ce recueil a obtenu le prix Louise Labbé en 2004, Daniel Biyaoula, auteur de la préface écrit : « Ténors-Mémoires est un recueil qui exsude la sensibilité, la maturité et la maîtrise littéraire, où le fond ne sacrifie en rien à l'esthétique, à la forme, à un travail très poussé sur la langue. Au contraire tous se tiennent et se soutiennent pour former un texte poétique qui n'est pas hors du langage, qui est tout d'émotions, d'amour, d'humanité et de significations, traversé de part en part de beauté et de Négritude, un texte qui nous raconte le Nègre, l'homme.
Ce petit parcours de l'oeuvre de Léopold Congo Mbemba nous présente un écrivain qui appartient d'abord à l'espace littéraire mondial et à la francophonie car si la déterritorialisation de sujets sans frontières, l'oeuvre de l'écrivain


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