Femmes dans la guerre d'Espagne (1807-1814)

Jean-Claude Lorblanchès

Conférence du 29 novembre 2007.
Section Côte Basque de la Société d'Entraide des Membres de la Légion d'Honneur.

En guise d'introduction
Le 18 octobre 1807, le corps expéditionnaire de Junot commence à franchir la Bidassoa, à destination de Lisbonne. Le 22 novembre, la division Barbou, fer de lance de l'armée que Napoléon engage en Espagne sous le prétexte d'assurer les lignes de communication de Junot, et de lui envoyer des renforts, pénètre à son tour en Espagne. Le 5 mai 1808, à Bayonne, l'Empereur confisque le trône des Bourbons espagnols pour le confier à son frère Joseph. Le 21 juin 1813, la défaite de Vitoria sonne le glas d'une présence française dans la Péninsule qui aura duré cinq ans et huit mois.
L'Empereur s'est bien malencontreusement engagé dans cette guerre. Estimant que Napoléon les a dupés, les Espagnols se mobilisent en masse. Donnant à leur lutte un caractère nationaliste, monarchique et religieux, ils poussent tout un peuple à s'impliquer dans les combats. Les Impériaux se heurtent non seulement aux troupes régulières, espagnoles et britanniques, mais ils doivent aussi faire face à une guérilla, au clergé, et aux femmes.
Ces dernières se comportent d'une manière que les Français ont du mal à comprendre. Ce qui est à l'origine de malentendus qui prennent souvent une tournure dramatique. Chez l'Espagnole cohabitent le recato, réserve et modestie, et le despejo, cette hardiesse avec laquelle elle parle sans entrave à tout homme, en le dévisageant droit dans les yeux. Elle apparaît au soldat impérial comme une effrontée "qui n'a pas froid aux yeux", en quelque sorte une femme facile. Il est vrai qu'en ce début de XIXー siècle, les femmes espagnoles concilient, sans état d'âme, un certain dérèglement des m?urs avec une observation stricte des devoirs religieux. Leur attitude, souvent provocante, les font redouter des soldats, auxquels, en même temps, elles apparaissent comme dévergondées. Ils les craignent, mais ne les respectent pas..
Ces soldats sont en campagne ; ils font la guerre. En dépit de la création, en 1807, du Train des équipages, chargé d'assurer le transport des vivres, le service de l'intendance est très mal organisé. L'armée doit vivre sur le pays. Le soldat, s'il ne veut pas mourir de faim, doit se livrer à la maraude et au pillage. Il se trouve ainsi directement confronté à la population civile, c'est-à-dire aux femmes, car, lorsqu'approchent les impériaux, les hommes désertent les villages, que ce soit par crainte de représailles, ou pour rejoindre le groupe de guérilla qui va tendre l'embuscade aux maraudeurs. Dans les villes assiégées, soutenant l'action des défenseurs, luttant à leurs côtés, des femmes vont se tailler une réputation d'héroïnes, ou de pasionarias, selon l'expression consacrée.
Des femmes sont aussi présentes en grand nombre dans l'environnement de l'armée impériale. Nous évoquerons celles qui servent dans les régiments en qualité de cantinières. Il y a aussi toutes celles qui gravitent autour des unités : épouses légitimes, concubines, maîtresses occasionnelles ou tout simplement aventurières. Ces femmes ne jouent pas sur le même registre que les Espagnoles, mais leur rôle est important. Il leur faut faire preuve de courage et de ténacité pour se risquer dans l'Espagne en guerre, ou être dénuée de tout sens des réalités et des convenances. Vivre et voyager dans ce pays où l'insécurité est générale est autre chose que de se déplacer en Europe du nord, même en période d'hostilité.
Les quelques réflexions qui suivent, et les anecdotes qui les soutiennent, ne prétendent pas traiter de manière exhaustive le sujet passionnant qui est celui du rôle joué par les femmes dans la guerre d'Espagne. Faire le tour de cette question exigerait de plus amples développements. Elles n'ont pour but que de susciter votre intérêt pour un aspect particulier de ce conflit, qui reste d'une étonnante modernité.
ハtre française sous l'Empire
Voyons d'abord quelle était la place que la société française réservait à la femme sous l'Empire. Dans le Dictionnaire Napoléon, Yvonne Knibiehler résume, de manière lapidaire, ce qu'était alors la condition féminine : "A l'ère des conquêtes, la condition féminine s'inscrit d'abord dans la perspective de la guerre. Les femmes doivent, elles aussi, servir la victoire : leur beauté enchantera l'âme des héros, leur fécondité repeuplera les légions. Elle n'ont pas, officiellement, d'autres raisons d'exister."
Les femmes ne peuvent pas faire la guerre : qu'elles fassent donc des enfants ! Pour Napoléon, comme pour Rousseau, "la femme est comme un arbre fruitier. Mais les fruits n'appartiennent pas à l'arbre qui les produit ; ils appartiennent au jardinier qui a pris soin de l'arbre". La femme n'est considérée que comme mère. Elle n'exerce que très rarement un métier lucratif : elle doit se consacrer totalement à sa famille. Les métiers féminins sont mal considérés. Les vieilles filles sont l'objet de moqueries et de mépris.
Les lycées, nouvellement créés, sont interdits aux filles, qui ne sont censées recevoir qu'une éducation primaire. Les familles, qui peuvent se le permettre, les envoient dans des institutions privées, où elles sont accueillies jusqu'à quinze ou seize ans. L'éducation qu'elles y reçoivent repose essentiellement sur une formation morale et religieuse : "Faites-nous des croyantes, et non des raisonneuses !"
Dès l'âge de quinze ans, une fille est considérée comme seule responsable de sa vertu, de son honneur. Autrement dit, elle ne saurait être séduite : c'est elle qui est nécessairement la séductrice. Si elle est forcée, le violeur sera certes puni des travaux forcés, mais il faut que la victime en apporte la preuve. Si elle le fait, elle se met au ban de la société. La violence physique est alors communément considérée comme l'inéluctable manifestation de la virilité. Dans la bataille, cette violence est portée à son paroxysme. On demande au soldat de contraindre, de brutaliser, d'anéantir son adversaire. Dans le combat de mêlée, il n'y a pas de quartier : c'est tuer ou être tué. Après cette montée aux extrêmes, le retour au calme est lent et progressif : il faut un certain au soldat pour reprendre ses esprits.
Selon cette logique, les sacs de ville, qui se prolongent parfois pendant deux ou trois jours, et qui sont de terribles épreuves pour les femmes, sont compréhensibles, et à la limite pardonnable. Ce serait donc un des aléas de la guerre. Les soldats des différentes armées ne considèrent d'ailleurs la violence sexuelle que comme une expression atténuée de la violence physique. Un besoin somme toute normal à assouvir après la terrible exaltation du combat. L'Empereur lui-même n'échappe pas à ce syndrome machiste. Un soir de bataille, Larrey, le chirurgien de l'armée impériale, le voit rentrer dans sa tente en criant : "Une femme ! une femme !... tout de suite... qu'on m'amène une femme !"
Justement, comment Napoléon considère-t-il les femmes ?
L'amour n'a jamais eu sa place dans ses liaisons. Sur la quarantaine de femmes qu'il a sans doute connues, seulement trois ont exercé un certain attrait sur lui : Madame Duchâtel, Marie Walewska, et bien sûr Joséphine, vers qui il est toujours revenu, en dépit de ses infidélités répétées. チ Sainte-Hélène, il confiera à Bertrand : "L'impératrice Joséphine était jolie, bonne, mais menteuse et dépensière au dernier degré. Je l'ai réellement aimée ; je ne l'estimais pas. Elle était trop menteuse. mais elle avait un je-ne-sais-quoi qui plaisait ; c'était une vraie femme ; elle avait le plus joli petit cul qui fut possible. Il y avait là les Trois-ホlets de la Martinique. Elle était pleine de grâce pour se mettre au lit, pour s'habiller."
"En amour, la seule victoire, c'est la fuite", disait encore l'Empereur. Il ajoutait : "Je n'ai jamais couru après les femmes... J'avais d'autres chats à fouetter. Que serait devenu un général en chef de vingt-cinq ans, s'il avait couru après le sexe ?" Selon Stendhal, il ne perdait pas de temps dans les préliminaires : "L'Empereur assis à une petite table, l'épée au côté, signait des décrets. La dame entrait ; il la priait de se mettre au lit sans se déranger. Bientôt il la reconduisait lui-même avec un bougeoir et se remettait à lire ses décrets, à les corriger, à les signer. L'essentiel de l'entrevue ne durait pas trois minutes..."
チ Bayonne, en 1808, l'Empereur rend parfois visite à Carlotta Gazzani, dans la petite chambre que cette lectrice de l'Impératrice occupe au premier étage du château de Marracq. Si Joséphine la tolère près d'elle, c'est, nous dit Constant, parce que Napoléon l'a assurée qu'il ne s'agissait que d'une "froide liaison". Mais son aventure la plus significative, il va la vivre avec Virginie Guillebeau. Selon Mlle Avrillion, première femme de chambre de l'Impératrice, "Virginie est une jeune personne d'une figure charmante, d'une rare fraîcheur, d'une taille fort élégante, et de plus, affligée, comme on dit, de dix-huit printemps". Joséphine fait parfois appel à ses services pour jouer de la harpe. Au cours de l'une de ses prestations, Napoléon la remarque. "L'ayant trouvée jolie, il résolut d'aller la voir chez elle et la fit prévenir de sa visite par Roustan. C'était un ordre. Que pouvait-elle en pareille circonstance ?..." L'affaire ne se prolongera pas très longtemps. Napoléon, qui fait surveiller le courrier des personnels attachés à sa maison, a rapidement la preuve de l'impudence, ou de l'imprudence insigne, avec laquelle sa mère lui donne, par écrit, des conseils sur la manière de faire durer et d'exploiter sa liaison. Informée de ce qui se passe, Joséphine la renvoie chez elle. Rapidement mariée, Virginie fera de nouvelles conquêtes, dont le duc de Berry, et le tsar Alexandre.
Les victimes
S'étendre sur les horreurs sans nom, et sans nombre, qui, de part et d'autre, ont marqué cette guerre sans merci, s'apparenterait à une forme de voyeurisme qui ne me semble pas de mise. Mais il me faut faut tout de même évoquer quelques exactions, qui sont un échantillonnage de ce les femmes subissaient trop souvent dans la banalité du quotidien.
Un commissaire, qui voyage avec sa femme et leur jeune enfant, est capturé par les guérilleros : "Après avoir traité cette dame avec la dernière indignité, en présence de son mari, les scélérats, pour prolonger l'agonie de leurs victimes, les enterrèrent vivantes, la tête hors de terre, en exposant au milieu d'elles leur enfant éventré."
タ Manzanarès, deux cents soldats français sont torturés et massacrés, ongles et yeux arrachés, membres découpés et donnés en pâture aux cochons. Les femmes espagnoles participent activement à ces atrocités ; elles brûlent les convois et s'acharnent sur les blessés. "Lorsque la guerre revêt un tel caractère, le viol n'est plus qu'une forme vulgaire de représailles", constate amèrement un mémorialiste.
Près de Valladolid, trois religieux capturent une cantinière. Ils l'emmènent dans leur couvent et en usent pendant des semaines avant qu'elle ne réussisse à s'échapper. Dans la région de Séville, le sergent Lavaux témoigne que ce sont "jusqu'aux cantinières du régiment à qui on avait mis des cartouches à leur virginité et qu'on avait fait sauter en cet état".
タ Medina de Rioseco, une femme est violée par quarante soldats et les religieuses de la ville sont rassemblées dans l'église de Santa Cruz pour être livrées à la soldatesque.
Début 1809, les soldats de Soult et de Ney découvrent dans les convois de Moore de jeunes et jolies Anglaises, qu'ils se partagent en les mettant aux enchères.
タ Burgos mis à sac, "un officier d'état-major délivre une femme au milieu de cinquante soldats, chacun attendant son tour".
Au bivouac d'Alcazar, plus de trois cents femmes sont violées pendant toute la nuit, et soixante-neuf notables qui tentent de s'interposer sont exécutés.
Dans la nuit du 11 au 12 mai 1813, la division Foy et les Italiens de Palombini donnent l'assaut à la place forte de Castro-Urdiales, petit port du littoral cantabrique. Les assaillants mettent la main sur d'importants stocks de vins et de liqueurs. Rapidement, c'est une soldatesque ivre qui se livre aux pires débordements, que les officiers sont impuissants à empêcher. "Toutes les femmes furent violées sans que l'enfance ou la vieillesse fussent respectées par le soldat déchaîné."
Transition brutale, quelques jours plus tard, à Léquéito, Marcel est logé dans une famille ou il y a "quatre filles, peu jolies mais fort instruites et spirituelles, et parlant toutes le français." Le capitaine passe de longs moments avec l'aînée, Adèle, qui voudrait bien l'épouser : "La nuit de notre séparation fut à la fois bien douce et bien pénible, mais il fallut pourtant se quitter pour ne plus se revoir."
Dans l'après-midi de la funeste journée de Vitoria, la route de Bayonne étant coupée par les Anglais l'énorme convoi des réfugiés tente de fuir à travers champs. Renonçant à sauver leurs biens pour au moins sauver leur vie, les fugitifs abandonnent carrosses et voitures, bagages et objets précieux : "Voyez-vous cette malheureuse montée sur un âne ? C'est cette très belle dame qui partit de Séville dans un superbe équipage. Sa voiture est restée embourbée au milieu d'un fossé, ses chevaux sont dans l'écurie de Wellington, elle s'est sauvée à pied, son amant qui a perdu tout ce qu'il possédait l'a abandonnée et c'est à la pitié d'un soldat qu'elle doit sa misérable monture." On voit s'égailler dans la nature "de jeunes beautés en souliers de satin et robes de mousseline…totalement désorientées, incapables de trouver une issue à leur fuite et que personne n'aide".
Les aventurières
Le général Thiébault, gouverneur militaire de Burgos, voit passer beaucoup de jeunes femmes qui vont et viennent entre Paris et Madrid. Il y a de tout : d'honnêtes épouses d'officiers qui rejoignent leur mari en garnison, des femmes du monde qui tentent leur chance à la cour de Joseph, des maîtresses du roi et de grands dignitaires qu'il faut loger en ville et recevoir. La plupart sont des femmes de caractère qui n'ont pas froid aux yeux. Le général s'amuse de leurs caprices et se montre tolérant pour leur comportement, parfois à la limite de la décence.
On voit de vieux capitaines qui traînent avec eux leur femme légitime. Le général Fournier "possède une jolie calabraise, habillée en homme, enlevée à ses parents". Les dragons de La Houssaye vendent aux fantassins qui les suivent "des chevaux ainsi que plusieurs jeunes anglaises, moins préférées que ceux-ci".
ツgé de cinquante-deux ans, le maréchal Masséna est complètement subjugué par sa maîtresse, Henriette Lebreton, une jeune femme qui a quitté son mari, capitaine de dragons, pour le suivre. Il n'a d'ailleurs accepté le commandement de l'armée chargée d'envahir le Portugal, qu'après avoir obtenu de l'Empereur l'autorisation de se faire accompagner de cette dame réputée aimable, à la conversation vive et spirituelle, auprès de laquelle il se réfugie, fuyant tout contact extra-professionnel avec son état-major.
Un soir, le maréchal a la malencontreuse idée de retenir Ney, Reynier, Junot et Montbrun à dîner, en présence de Madame Lebreton qui suit l'armée à cheval, l'état des chemins ne lui permettant pas d'utiliser une voiture. Les invités, qui n'ignorent pas la présence de la maîtresse du commandant en chef, sont choqués de la voir prendre place à leur table. Ils le manifestent ouvertement. Ulcérée, Madame Lebreton pique une crise de nerfs et s'évanouit. Les invités préfèrent se retirer et le dîner tourne court.
Des incidents de ce genre vont émailler les relations de Masséna avec ses grands subordonnés, et une méfiance néfaste aux intérêts de l'armée finira par s'instaurer entre eux. On reprochera à Masséna de s'être arrêté six jours à Viseu, sans nécessité si ce n'est pour permettre à Madame Lebreton de récupérer de sa crise de nerfs, puis de n'avoir ensuite progressé que trop lentement. Que le maréchal "folichonne avec sa maîtresse", n'est pas fait pour remonter le moral des soldats épuisés par les marches. Toutefois, ils apprécient que lorsqu'une cause naturelle oblige sa maîtresse à s'arrêter, Masséna ordonne une halte. Ils s'amusent que celui-ci joue le mari jaloux, en veillant qu'aucun indiscret n'approche de sa belle. Un spectacle qui désole un vieux capitaine, qui ne voit plus dans le maréchal qu'un "vieux renard, tout juste bon à prendre les poules".
Lors d'une marche de nuit, Madame Lebreton suit à cheval, mais après avoir fait plusieurs chutes elle se révèle incapable de monter. Ne pouvant plus marcher, elle doit être portée par des grenadiers. Et Masséna de s'exclamer : "Quelle faute n'ai-je pas commise en emmenant une femme à la guerre !"
Favorisée par les billets de logement que reçoivent les soldats et leurs chefs, la cohabitation entre des femmes esseulées et des hommes jeunes et pleins d'ardeur est à l'origine d'aventures souvent éphémères, mais qui, parfois, se prolongent par des liaisons durables. Certains occupants quittent leurs cantonnements en emmenant avec eux la maîtresse, voire la femme, dont ils se sont amourachés, et qui va désormais les accompagner dans leurs pérégrinations. Au moins pour un temps, jusqu'à ce qu'elles soient abandonnées et passent dans d'autres mains, ou que le sort des combats ne les laissent un jour seules, ce qui est le pire de ce qui peut leur arriver.
Nombreuses sont les Portugaises et les Espagnoles qui accompagnent les Anglais, assez souvent en qualité d'épouses légitimes. Le 7 avril 1812, le lendemain du terrible sac de Badajoz par les Anglais, une Espagnole de la haute société vient se mettre sous la protection d'un détachement anglais que commande le lieutenant Harry Smith. Elle est accompagnée de sa s?ur, Juana Maria de Los Dolores. Quelques jours plus tard, cette fille de quatorze ans devient l'épouse de l'officier. Elle le suivra pendant tout le reste de la campagne, jusqu'à Toulouse, montant à cheval comme un homme, dormant à la belle étoile ou sous la tente, au hasard des bivouacs, partageant les joies et les privations des soldats. Sa beauté, son courage, son bon sens, son esprit d'à-propos, sa gentillesse et sa bonne humeur vont devenir légendaires. Admirée et respectée, elle sera l'héroïne des Anglais, y compris de Wellington qui, comme tout le monde, l'appellera familièrement Juanita.
En novembre 1813, le commandant Harry Smith partage son temps entre les reconnaissances de terrain, son travail d'état-major et sa vie de couple. Juanita l'accompagne dans ses bivouacs, jusque sur les contreforts de la Rhune où, avec le concours de quelques domestiques, elle tient la maison : une tente et du mobilier démontable. Les conditions de vie sont précaires. Le mauvais temps continue à sévir ; il a même neigé. Juanita améliore l'ordinaire en cueillant les châtaignes que l'on trouve en abondance vers le col de Lizuniaga et dans le vallon du rio Cia.
Le 1e mars 1814, la jeune femme, qui a maintenant seize ans, accompagne son mari à Mont-de-Marsan où l'accueil de la population est particulièrement chaleureux. Le couple est hébergé par une veuve qui est pleine d'attention pour Juanita. Pour faire un peu de toilette après une chevauchée éprouvante, elle lui confie même une précieuse cuvette de Sèvres, un cadeau de mariage dont elle ne s'est plus servie depuis la mort de son mari. Quelle n'est pas la surprise de Juanita, le surlendemain matin, à Saint-Sever, quand son serviteur lui présente la même cuvette, qui, de toute évidence, a été dérobée à la veuve par des soldats anglais. Son sang ne fait qu'un tour, et, sans rien dire à personne, elle fait l'aller et retour jusqu'à Mont-de-Marsan pour rendre à la veuve la précieuse bassine. Elle rentre le soir même, fourbue mais heureuse, sans avoir fait de fâcheuses rencontres. De toute façon, assure-t-elle, son cheval est capable de distancer n'importe quel hussard français. Comme un certain nombre d'autres épouses, Juanita joue un rôle social auprès des soldats, certes différent de celui des cantinières, mais souvent aussi important.
En octobre 1813, lors de la bataille de la Rhune, pendant que son homme se bat pour la conquête des rochers de Faague, sa jeune femme portugaise monte péniblement, depuis Vera, sur le dos de l'âne qu'il lui a procuré. Prise des douleurs de l'enfantement en arrivant au col de Lizarietta, elle accouche seule, donnant naissance à un garçon. Un peu plus tard, retrouvant son compagnon au bivouac, autour du feu que les soldats ont allumé pour se réchauffer après une rude journée de combats, elle raconte son histoire, somme toute banale, tandis qu'ils évoquent les épisodes de leur jeu de cache-cache meurtrier dans les rochers. タ chacun sa guerre.
Fin novembre 1813, le capitaine Marcel trouve, dans une maison du Bas-Cambo, Gracieuse, une jeune fille, qui s'y est réfugiée, après avoir dû abandonner son père, un ex-prêtre marié, lorsque le haut du village a été attaqué par les Anglais. "Elle me pria de vouloir bien lui laisser le petit cabinet qu'elle habitait, et je recommandai à mes voltigeurs d'avoir pour cette demoiselle tout le respect que devait inspirer sa position... elle parlait très purement le français, ce qui est assez rare dans cette contrée. Tous les officiers du bataillon se réunissaient dans mon logement pour jouir de sa conversation et l'entendre chanter." Le 9 décembre, les Anglais attaquent. Paniquée, Gracieuse veut tenter de rejoindre la maison paternelle. Le feu est soutenu, et Marcel la dissuade. Mais peut-il s'encombrer de cette jeune personne ? Paniquée, la jeune fille est en transes. Les Anglais sont à quelques dizaines de mètres. Marcel interpelle un de leurs officiers. Il lui demande de protéger la demoiselle. L'Anglais fait signe qu'il accepte. "Alors je la quittai, lui assurant que je me souviendrai toujours de Gracieuse, mais que le devoir m'était plus cher que l'amour ; je n'eus que le temps de rejoindre mes hommes en courant."
Le lieutenant Woodberry, qui n'a pas encore vingt-deux ans, est très assidu auprès des jeunes beautés locales. タ Labastide-Clairence, où il bivouaque au début du mois de février 1814, il n'est pas resté insensible à l'une d'elles : "Quand l'armée partira, je crois que toutes les femmes l'accompagneront… J'ai revu la belle Maria qui paraissait bien triste et bien abandonnée. Je lui ai demandé de venir me voir et de me suivre pendant la campagne, mais elle m'a répondu : ノpousez-moi ! Mais non, Maria, avec vous je veux bien m'amuser et jouer, je veux bien vous embrasser, mais qu'on me pende si j'épouse !"
Pourtant, cela ne se passe pas toujours très bien dans les couples. Les femmes et les enfants qui suivent les armées posent des problèmes au commandement. Alors qu'il se trouve au Pays basque, du côté d'Hasparren, Woodberry rencontre "cette horrible Madame Mike, femme du lieutenant, a suivi le régiment à pied jusqu'ici. Je ne puis m'empêcher d'en avoir pitié, bien que ce soit une vraie chienne. Je lui ai offert de prendre son enfant sur mon cheval et de le porter à sa place : elle a refusé avec un juron, maudissant tout le monde et en particulier le régiment." Quant au lieutenant Mike, "il ne fait que parler des brutalités qu'il fait subir à sa femme". Cette autre femme qui suit l'armée anglaise est aussi un cas : "タ Mauléon, un homme a été traduit devant le conseil de guerre pour avoir perdu sa culotte et il aurait subi ce matin sa punition si sa femme n'était venue avouer que c'était elle qui l'avait vendue."
Selon un chroniqueur, les femmes (quelques centaines avec les enfants) retenues sur les pontons de Cádiz résistèrent mieux que les hommes aux maladies et aux mauvais traitements infligés par les Espagnols. タ partir de mai 1809, la plupart des prisonniers furent relégués sur l'îlot aride et rocheux de Cabrera, aux Baléares. Abandonnés sans ressources, ils finirent par être oubliés. Selon Gille, "il se trouvait parmi nous une quinzaine de femmes ; chacune avait un sobriquet. Elles vivaient avec des hommes qui les avaient adoptées depuis leur arrivée ou qui étaient venues avec elles… Ces femmes passèrent bientôt dans les bras des capitalistes de l'île, c'est-à-dire ceux qui étaient parvenus à conserver de l'argent, les unes volontairement, les autres par suite d'arrangements avec les soi-disant maris qui, au moyen d'une somme d'argent, se désistaient de tous les droits." Il y avait notamment une Polonaise qui "avait été faite prisonnière en chargeant contre un escadron espagnol. Son cheval ayant été tué sous elle, elle fut obligée de se rendre. Elle avait la tête et la poitrine couvertes de cicatrices plus honorables que jolies et l'on dit même qu'à son régiment elle avait été désignée pour obtenir la décoration de la Légion d'honneur."
Les combats terminés, le spectacle d'un champ de bataille est toujours atroce. Selon un officier anglais, le 22 juillet 1812, aux Arapiles : "Le terrain était recouvert de tas de cadavres d'hommes et de chevaux mêlés que nous n'arrivions pas à brûler. L'odeur était insupportable et le spectacle répugnant. Des porcs se partageaient les charognes avec les vautours." Le plus terrible fut de voir avec quelle cruauté et quelle ignominie les morts, et surtout les blessés, furent détroussés par la nuée de femmes qui suivaient les armées : "l'armée anglaise était accompagnée d'un nombre considérable d'épouses (beaucoup de soldats s'étaient mariés avec des Portugaises et des Espagnoles et certains étaient même venus d'Angleterre avec leur femme), de prostituées, de voleurs et voleuses de tout acabit, de commerçants et d'artisans… C'était horrible d'entendre les plaintes et les gémissements des moribonds que les portugaises déshabillaient pour s'emparer de leurs vêtements et parfois même assassinaient… Toute idée de moralité ou de décence avait disparu : pillage et libertinage étaient les seuls buts poursuivis. Les soldats n'appréciaient les femmes que dans la mesure où elles s'adonnaient à ces vices. Quand les combats prenaient fin, ces harpies fondaient sur le champ de bataille pour détrousser aussi bien les amis que les ennemis."
En septembre 1812, quand Soult évacue l'Andalousie pour se replier sur Valence, tout au long de la route, "se presse un amas confus de fantassins et de cavaliers, de caissons et de calèches, de fourgons et de mulets, d'ânes et de charrettes". On y trouve, pêle-mêle, des Murillo, que Soult a décroché de l'Alcazar et un juif qui s'était spécialisé dans la récupération des dorures sur bois des églises fermées ou saccagées. Combien d'or a-t-il ainsi amassé ? Un groupe de comédiens erre désemparé ; un barbier offre ses services. Mais ce sont les femmes qui sont les plus nombreuses, qu'elles soient épouses ou compagnes d'officiers, prostituées, belles Andalouses qui fuient leur pays pour suivre un amant ou par intérêt. Deux d'entre elles voyagent en grand équipage et se détachent du lot. Très belles selon certains, seulement jolies selon d'autres, ce sont deux s?urs qui appartiennent à une des meilleures familles de Séville. Les soldats les appellent familièrement les maréchales : l'aînée, dont le mari est colonel dans l'armée espagnole, est la maîtresse du maréchal Victor ; la plus jeune, encore célibataire, celle du maréchal Soult. Mais on voit aussi la maîtresse d'un général devenir celle d'un capitaine, puis d'un sergent : "Il est bien rare que ces dames avancent en grade", remarque plaisamment un mémorialiste.
Ce beau jeune homme élégamment monté et accompagné de son domestique est en réalité une jeune femme que trahit sa croupe andalouse ; elle tente de rejoindre son amant, un commissaire aux guerres. Cette autre, installée sur un bourricot, est une petite couturière, compagne d'un jeune officier. Encore une belle fille, passagère d'un cabriolet que conduit le garde-magasin français qui vient de l'enlever. "Des femmes, encore des femmes sur des charrettes, sur des ânes, à cheval, à pied…"
Début juin 1813, les hussards anglais accrochent l'arrière-garde française à Morales de Toro : "parmi les prisonniers, on a trouvé une femme déguisée en homme et portant des habits civils. Son mari est un officier français qu'on a malheureusement ramassé mort sur le champ de bataille."
Jusqu'à la Révolution, l'armée française était une communauté mixte dans laquelle les femmes remplissaient de multiples fonctions allant du matériel à l'affectif, de la vente de vivres et de boissons, en passant par le blanchissage du linge et jusqu'à la satisfaction des besoins sexuels des soldats. Le décret du 30 avril 1793, pris par la Convention, interdit aux femmes de servir dans les armées en qualité de combattantes. Celles qui sont déjà enrôlées doivent normalement quitter l'uniforme. Mais il y aura des exceptions, notamment pour celles qui bénéficieront de pétitions signées en leur faveur. Et, bien sûr, de celles qui donneront le change en s'habillant et en se comportant en homme, et dont, souvent, on ne découvrira le véritable sexe qu'à l'occasion d'une blessure grave ou mal placée.
Née en 1774 du côté de Dijon, orpheline à neuf ans, Thérèse Figueur a trouvé refuge près de son oncle, sous-lieutenant en Avignon. Combattant avec les Fédéraliste, elle est faite prisonnière par les armées de la Convention. Pour éviter la guillotine, elle s'enrôle dans un régiment de dragons. Blessée au siège de Toulon, elle se bat ensuite contre les Espagnols dans l'armée des Pyrénées-Orientales. On la retrouve en Italie, où Bonaparte la distingue. ノphémère dame de compagnie de Joséphine, elle préfère l'uniforme à la vie de cour. Elle est à Ulm, à Austerlitz, à Iéna. Après s'être remise d'une grave chute de cheval, du côté de Berlin, elle rejoint l'Espagne en 1809. Elle a alors trente-cinq ans et une solide expérience militaire derrière elle.
Affectée au régiment de la Jeune Garde, elle est confrontée, dans la région de Burgos, à une guérilla particulièrement active. Tout en ayant une solide réputation de sabreuse, elle réussit l'impossible en Espagne : se faire accepter par la population auprès de laquelle elle joue les bonnes âmes, distribuant des vivres aux indigents, prêtant la main pour soigner blessés et malades dans les hôpitaux. C'est jusqu'aux chiens errants qu'elle prend en compassion, en les recueillant. Des chiens qui vont montrer leur utilité en accompagnant les escortes de convois, leurs aboiements signalant les embuscades !
Fin juillet 1812, Thérèse tombe dans une embuscade tendue par le redoutable Geronimo Merino, un curé chef de guérilla. Reconnue, elle ne sera pas violée. D'abord remise à un régiment écossais, elle transite ensuite par les infectes geôles portugaises, avant de se retrouver prisonnière en Angleterre. "Assignée à résidence dans le village de Bolderwood, elle est logée chez un tailleur fort courtois qui lui loue un "petit parloir très propre avec un lit dans une armoire". Comme prisonnier de guerre, il lui est alloué un petit pécule de cinq shillings par jour. Avec la viande à un shilling la livre et le loyer à six shillings par semaine, il n'y a pas de quoi faire des folies. Heureusement, un jardinet, dont le tailleur lui laisse l'usage, permet la prisonnière d'améliorer son ordinaire. La gastronomie anglaise, à base de "monstrueux gigots", laisse le dragon Figueur de marbre. En revanche, en vrai soldat, Thérèse ne se refuse pas une lampée de bière, "un bon pot par jour"(huit pence), car elle la trouve vraiment "supérieure".
Pendant la Restauration, Thérèse tient un petit restaurant à Paris. En juillet 1818, elle se marie avec un ancien dragon rescapé de la campagne de Russie, qui la laisse veuve onze ans plus tard. Pauvre petite vieille sans le sou, elle meurt en janvier 1861, à l'âge toutefois respectable de quatre-vingt cinq ans.
Les cantinières
Dans l'armée impériale, les cantinières ont remplacé les blanchisseuses et les vivandières de l'ancien régime. Un arrêté de l'An VIII limite leur nombre à quatre par régiment, mais cette prescription n'est pas toujours respectée, et le quota est souvent dépassé. Pour pouvoir exercer leur commerce de vente d'alcool, de vivres et de produits de première nécessité (lacets, boutons, eau-de-vie, vinaigre, papier lettre...), elles doivent obligatoirement être mariées, ou vivre en concubinage avec un soldat ou un sous-officier, être reconnues utiles aux troupes, et avoir une conduite et des m?urs "des plus régulières." Si leur compagnon est tué au combat, ce qui est fréquent, elles doivent en trouver un autre pour être autorisées à poursuivre leurs activités. Le capitaine François raconte comment il a fait "breveter" une fille de dix-sept ans, "jolie comme un amour", en lui procurant eau-de-vie, entonnoir, verres, et deux chevaux "réquisitionnés".
Bien que de statut civil, ces femmes sont soumises à la réglementation militaire. La seule faveur qui leur est consentie est, en 1810, l'accès aux hôpitaux militaires en temps de guerre et aux soins gratuits, le remboursement des frais étant effectué par leur corps d'origine. Sélectionnées par le conseil d'administration du régiment, elles signent un contrat spécifiant quelles doivent obéir aux règlements militaires, avoir toujours avec elles les objets les plus nécessaires aux soldats, et les vendre un prix raisonnable. Ce document mentionne aussi leur signalement (date et lieu de naissance, taille, couleur des chevaux et des yeux, forme du nez), la liste des animaux et des véhicules en leur possession, et leur numéro d'enregistrement.
Elles n'ont pas d'uniforme, contrairement à ce que montrent souvent les images d'ノpinal qui leur ont été consacrées. Toutefois, celles qui servent dans la Garde Impériale portent habituellement un chapeau et la redingote bleue de la cavalerie de la Garde. Les autres sont normalement coiffées d'un bonnet de police, ce qui permet de les identifier, et elles doivent arborer, de manière visible, le badge qui leur est délivré et qui sert de laissez-passer. Elles s'habillent comme des femmes du peuple, n'hésitant, pas plus que les soldats, à enrichir leur garde-robe des produits de rapines et du sac des villes qu'elles traversent.
Accompagnées de leurs enfants, mis au monde au hasard des bivouacs, il leur arrive de suivre leur mari en captivité. Après la capitulation de Bailén, plusieurs ont connu les affres du triste camp de la mort de Cabrera ; certaines ont survécu avec leur progéniture. Ces femmes n'ont pas besoin d'être des beautés, mais elles doivent être fortes, au physique et au moral, capables de charger et décharger leur fourgon, de maîtriser un cheval récalcitrant, de porter leur eau-de-vie au travers des lignes, de se faire entendre dans la mitraille, ou au milieu soldats enivrés qui chantent à tue-tête. La propreté et l'élégance ne sont pas leurs qualités dominantes. Beaucoup accumulent les campagnes ; certaines serviront sans discontinuité, de 1792 à 1815.
Un mémorialiste nous décrit une de ces femmes : "Sa mise était bizarre, mais propre ; son accoutrement consistait dans une jupe de toile peinte, une veste de drap gris, une ceinture de peau, des guêtres, un vieux feutre qui couvrait sa tête déjà enveloppé d'un mouchoir en marmotte. Sans être laide ni jolie, sa figure avait beaucoup d'expression." Mais encore : "Il était assez drôle de voir ces dames vêtues de robes de velours ou de satin trouvées par des soldats qui les leur vendaient moyennant quelques verres d'eau de vie. Le reste de la toilette n'était pas en harmonie, car les bottes à la hussarde ou le bonnet de police la complétaient d'une manière assez grotesque. Supposez-les présentées ainsi vêtues, à califourchon sur un cheval flanqué de deux énormes paniers, et vous aurez une idée du coup d'?il bizarre que tout cela présentait."
Les cantinières vendent surtout des alcools, des eaux-de-vie, du tord boyaux le plus infect au cognac le plus réputé. Pendant les guerres de la Révolution, elles transportaient ces boissons dans des petits tonnelets qu'elles portaient en bandoulière et elles servaient à boire dans des gobelets en cuivre. En Espagne, elles utilisent des mules ou des chevaux récupérés sur le terrain, puis des fourgons ; souvent, elles installent des tentes aux bivouacs. L'entrée de leur établissement est limitée aux seuls hommes du régiment auxquels elles sont attachées. N'étant pas tenues de se procurer légalement les marchandises qu'elles vendent, elles les récupèrent généralement auprès de soldats qui les ont trouvées. Leur cantine se transforme ainsi en bazar ambulant où sont recyclés les produits des rapines. Autorisées à préparer des plats, à laver et ravauder le linge, il leur arrive d'organiser des jeux et des spectacles.
Cette présence féminine dans leurs rangs est appréciée des soldats, et même des officiers. Jouant parfois le rôle de confidentes, elles savent, par les menus services qu'elles rendent, se rendre indispensables. Authentiques assistantes sociales, elles jouent, en Espagne, un rôle essentiel pour le moral des troupes. Notamment auprès de la piétaille, dont les relations avec la gent féminine locale sont difficiles et dangereuses. Les soldats trouvent auprès d'elles assistance et réconfort. En effet, confrontés aux difficultés de ravitaillement, et souvent à la privation de solde, ils sont poussés à survivre par le pillage. ノprouvés par les épouvantables excès de la guérilla, ils exercent des représailles tout aussi terribles contre les populations civiles qui aident les insurgés. Soumis à ces tensions extrêmes, en contact quotidien avec la mort, ils apprécient le confort d'une présence féminine auprès de laquelle évacuer leurs peurs et leurs remords.
Sur le champ de bataille, les cantinières sont chargées de désaltérer les soldats, dont les lèvres sont desséchées à force de déchirer à pleines dents les cartouches de poudre. Sous le feu de l'ennemi, il est de tradition qu'elle distribuent gracieusement l'eau-de-vie. Faisant office d'infirmières et d'aumôniers, il leur arrive de soigner les blessés, et d'aider les plus atteints à mourir, en recueillant leurs confidences et leurs dernières volontés. Elles savent ravitailler les rangs en munitions, et même se battre. Certaines se tailleront une véritable réputation de grenadières. Prenant les mêmes risques que les combattants, avec en plus ceux qui sont inhérents à leur condition féminine si elles tombent aux mains de l'ennemi, elles sont particulièrement exposées en Espagne, et elles redoutent par-dessus tout d'être capturées par la guérilla. Beaucoup seront décorées, certaines même recevront la Légion d'honneur.
チ l'occasion, la cantinière sait remonter le moral du soldat en lui accordant certaines privautés. Mais elles ne sont pas des ribaudes : "ce n'est chez elles que de la bonté d'âme". ノvoquant ces femmes, ノléas Blaze écrit : "On les voyait d'abord cheminer à pied avec un baril d'eau-de-vie en sautoir. Huit jours après, elle étaient commodément assises sur un cheval trouvé. チ droite, à gauche, par-devant, par-derrière, les barils et les cervelas, les fromages et les saucissons. Il arrivait qu'elles soient dévalisées par un parti ennemi. Alors elles recommençaient et bientôt il n'y paraissait plus. Au camp, la tente de la cantinière sert de salon de compagnie, d'estaminet, de café."
Un autre Blaze, Sébastien, évoque une de ces femmes qu'il a connue en Espagne. "Quand nous étions à Valladolid avec l'armée du général Dupont, elle allait à pied, portant son petit baril suspendu derrière l'épaule. Prisonnière à Bailén, on la conduisit à la Isla de Leon et de là sur l'Argonaute avec son mari ; le pauvre diable fut coupé en deux par un boulet, elle se sauva. Je la rencontrai dernièrement à Séville et je fus frappé de son accoutrement singulier. Une robe de velours noir superbe paraît madame la cantinière, cinq ou six tours d'une chaîne d'or suspendaient à son cou la montre du même métal, un mouchoir de couleur à la tête, des bas sales, des bottines crottées complétaient sa toilette. Son air délibéré, son maintien de corps de garde, n'étaient pas dépourvus d'un certain charme. Il faut qu'elle se soit accrochée à quelque bon vivant qui lui aura fait faire du chemin, ces femmes sont connaisseuses, elles s'attachent à des hommes solides, quelquefois à des ferrailleurs dont elles sollicitent la protection."
En mars 1811, quand Masséna, après des semaines d'atermoiements se décide à évacuer le Portugal, Ney est chargé de l'arrière-garde. Il fait incendier Pombal pour soulager la pression que les Anglo-Portugais font peser sur l'armée. Avant de s'engager dans les chemins de montagne, il fait brûler les fourgons qui ne sont pas indispensables. La capitaine Marcel relate le désespoir des cantinières : "Elles furent obligées de détruire leurs voitures, et l'or et l'argenterie furent alors à la merci du soldat. Pendant que les hommes s'emparaient des beaux services en vermeil, les cantinières se désespéraient en voyant les fruits d'une si belle campagne perdus en un instant."
Selon Marbot, après la bataille de Buçaco, le 26 septembre 1810, le valet du général Simon ayant appris que son maître avait été blessé et abandonné sur le plateau se lamentait de ne pas pouvoir lui porter secours, les tirailleurs des deux camps le prenant pour cible. "Une pauvre cantinière du 26e de ligne, attachée à la brigade Simon, qui ne connaissait le général que de vue, prend ses effets des mains du valet de chambre, les charge sur son âne qu'elle pousse en avant en disant : Nous verrons bien si les Anglais oseront tuer une femme ! Et n'écoutant aucune observation, elle gravit la montée, en passant tranquillement au milieu des tirailleurs des deux partis. Ceux-ci, malgré leur acharnement, lui ouvrent le passage et suspendent leurs feux jusqu'à ce qu'elle soit hors de portée. Notre héroïne aperçoit un colonel anglais et lui fait connaître le motif qui l'amène. Elle est bien reçue, on la conduit près du général Simon ; elle le soigne de son mieux, reste auprès de lui, plusieurs jours, ne le quitte qu'après l'arrivée du valet de chambre, refuse toute espèce de récompense et, remontant sur son baudet, traverse de nouveau l'armée ennemie en retraite sur Lisbonne et rejoint son régiment sans avoir été l'objet de la plus légère insulte, bien qu'elle fût jeune et très jolie."
Le mari de Marie de Namur, maître d'armes de moralité douteuse, est fusillé devant Alméida, en août 1811, pour avoir volé une pendule. Deux mois plus tard, Marie se remarie avec un sous-officier qui, peu après, est versé dans la Jeune Garde. Elle devient cantinière du régiment. Après le Portugal et le retour en Espagne, elle participera à la campagne de Russie et perdra tout : chevaux, voiture et protecteur. Blessée à Lutzen, où "elle transporte des cartouches dans une main et de l'eau-de-vie avec l'autre", elle sera faite prisonnière à Waterloo. Catherine Rohmer, née en 1783 à Colmar, épouse un tambour-major du 62ème. Elle se distingue en Espagne, puis sur la Bérézina. Elle est aux côtés de son mari à Waterloo. Quatre de ses huit enfants sont morts au champ d'honneur.
L'armée anglaise n'a pas, à proprement parler, de cantinières, mais, dans chaque compagnie, une demi-douzaine de jeunes soldats, ain si que tous les vétérans, sont autorisés à se faire accompagner de leur femme, jusque sur le champ de bataille où elles participent aux approvisionnements en munitions et au ramassage des blessés. Comme elles ne perçoivent qu'une demie ration, le commandement tolère qu'elles la complètent en détroussant les cadavres et en chapardant. Si elles perdent leur mari au combat, ces femmes doivent se remarier très vite, sinon elles sont exclues de l'unité.
Les héroïnes espagnoles
Les Espagnols identifient leur guerre à une croisade de libération de tout un peuple contre l'ennemi français qui représente le mal absolu. Les femmes sont invitées à participer activement à cette lutte inexpiable, non seulement en défendant les valeurs traditionnelles de la famille, de la religion et de la nation, mais aussi, quand elles le peuvent, en participant directement aux combats. Sans toutefois s'affranchir de la modestie et de la décence propres à leur sexe : "Suivez mon consil, dit une Valencienne : filez et cousez ! Dieu a confié aux hommes les affaires de gouvernement, et aux femmes celles de la maison et de la famille."
Sous le slogan "Religión, Rey y Patria", vont apparaître des héroïnes telles que Catalina López à Leganés, Magdalena Bofil et Margarita Tona à Vich, Martina Ibaibarriaga à Vitoria, María Bellido à Bailén, Manuela Vicente à Caspe, Manuela Malasaña à Madrid, Agustina de Aragón, Casta チlvarez et Manuela Sancho de Saragosse, Susana Claretona en Catalogne, María Esclopé à Llobregat, Damiana Rebolledo à Valladolid, Francisca de la Puerta à Tolède, et tant d'autres.
Le 24 mai 1808, Saragosse se soulève. Le 6 juin, le général Lefebvre met le siège devant la place, dont un jeune officier, Palafox, vient de prendre le commandement. Le 15, l'artillerie impériale commence le matraquage des défenses. Le 2 juillet au matin, les Français lancent un assaut général sur la citadelle. La porte du Portillo, une des clés du dispositif espagnol, est sur le point de céder. La batterie qui la couvre a été pratiquement anéantie par les bombardements des dernières trente-six heures. Les artilleurs qui ont survécu au déluge de feu se sont réfugiés dans les ruines des maisons voisines.
Un canon de 24 reste encore en état de tirer, et les Français donnent l'assaut à cet ultime obstacle. La pièce est chargé à balles et à mitraille, mais ses servants sont tués ou blessés par la fusillade. Le caporal chef de pièce, gravement touché, s'affaisse, boutefeu à la main. C'est alors que, selon la légende populaire, bondit une jeune passionaria, une de ces femmes qui prêtent main-forte aux défenseurs en leur apportant vivres et munitions. Se saisissant du boutefeu, elle enflamme la charge, comme elle l'a si souvent vu faire ces derniers jours. Fauchés à bout portant, les assaillants tombent ou se replient. L'assaut repoussé, les assiégés sortent de leurs abris et reprennent le combat.
La jeune femme qui s'est comportée de manière aussi héroïque est Agustina Doménech. Née à Barcelone le 4 mars 1786, elle sera plus connue sous son nom de guerre d'Agustina de Aragon. チ dix-sept ans, elle a épousé, un caporal d'artillerie qui s'est battu en Catalogne, mais, dont le régiment a dé se replier du côté de Belchite. Elle a un fils de quatre ans. Palafox félicite la jeune héroïne de vingt-deux ans en lui donnant le titre de La Artillera, et en la nommant sous-lieutenant, avec le traitement correspondant.
Selon la version officielle, Agustina, "mue par une intense fureur, passe parmi les artilleurs, les secourt, les aide, s'écriant : Animo Artilleros, que aquí hay mujeres cuando no podáis más ! Peu de temps après, le caporal qui commandait, faute d'un autre chef, tombe mort, frappé d'une balle en pleine poitrine. Puis c'est un obus qui tombe sur les charges, les fait sauter, touchant quasiment tous les artilleurs et rendant de ce fait la batterie inutilisable et incapable de résister à un assaut. Déjà une colonne ennemie s'approche quand, se saisissant d'un boutefeu, Agustina passe entre les morts et les blessés et met le feu à la charge d'un canon de 24 chargé à balles et mitraille. Profitant de l'effet de surprise, elle secoue les survivants et fait le coup de feu avec eux, jusqu'à l'arrivée des renforts d'une autre batterie, condamnant l'ennemi à une retraite précipitée."
Agustina la "canonnière", la "Pucelle de Saragosse", sera encore là lors du deuxième siège de la ville qui commencera le 21 décembre 1808. Malade, atteinte de la peste, faite prisonnière, elle survivra, mais elle perdra son fils, victime de l'épidémie. Relâchée par les Français, elle sera honorée un peu partout en Espagne. Byron lui même chantera ses exploits dans Childe Harold... Toujours éloignée de son mari qui se battra à Tarragone, elle participera à la défense de Tortosa. Après la chute de cette place, elle rejoindra la guérilla que commande Francisco Abad, dit "Chaleco", et qui opérera dans la Mancha. Elle participera enfin à la bataille de Vitoria dans les rangs de la division Morillo.
De retour à Saragosse en août 1814, elle sera présentée à Ferdinand VII, puis rejoindra enfin son mari à Barcelone. Elle aura un deuxième enfant de Juan Roca qui mourra, de tuberculose, en 1823. Agustina se remariera, à trente-sept ans, avec un médecin d'Alicante ayant dix ans de moins qu'elle. En 1825, elle aura une fille, Carlota qui épousera, en 1847, un officier d'administration affecté à Ceuta. Elle les suivra, et c'est là qu'elle décèdera, le 29 mai 1857, à l'âge de soixante-et-onze ans. Ses restes ont été transférés à Saragosse, le 14 juin 1870, dans la chapelle de l'Ascension de la Vierge de l'église paroissiale de Nuestra Señora del Portillo, où elle repose aux côtés de deux autres héroïnes de la défense de la ville, Casta Alvarez et Manuela Sancho.
Ses liaisons avec Madrid menacées par la guérilla qui s'est solidement implantée dans le défilé des Despeñaperros, le général Dupont doit évacuer l'Andalousie en juin 1808. Encombré des dépouilles du sac de Cordoue, incertain de la conduite à tenir, il ne parvient pas, le 19 juillet 1808, à faire sauter le verrou que le Suisse Reding, un officier servant sous contrat, a judicieusement mis en place à Bailén. Durant toute la matinée du 20 juillet, des femmes, dont beaucoup vont succomber, ravitaillent les combattants espagnols en eau pour étancher leur soif et pour refroidir les canons. Maria Bellido, cinquante-trois ans, dite encore La Matrona ou La Culiancha, en raison de son imposant tour de hanches, est une de ces femmes.
Cette femme de cinquante-trois ans est native de Porcuna, un village proche. Elle a épousé Luis Domingo Covo, un habitant de Bailén, et ils habitent rue Las Eras, aujourd'hui rue Juan Sebastian Elcano. La cruche qu'elle tend à Reding étant fracassée par une balle française, elle réussit à sauver suffisamment d'eau dans un tesson pour que le général puisse se désaltérer. C'est du moins ce qu'on raconte à Bailén. Un monument commémoratif a été élevé en son honneur.
Au printemps de 1809, Gérone est toujours aux mains des Espagnols. Mariano Alvarez de Castro, commandant de la place et ancien commandant du fort de Monjuich, a renforcé le système de défense et consolidé les murailles. Disposant de cent cinquante pièces d'artillerie et de cinq mille hommes, il bénéficie du soutien d'une population aguerrie et motivée. Les femmes ont formé des équipes, connues sous le nom de compagnies de Santa Barbara, qui se chargent de l'approvisionnement en vivres et en munitions des combattants, ainsi que de l'évacuation des blessés. Les cas échéant, elles n'hésitent pas à faire le coup de feu au milieu des soldats. Même chose à Tortosa où reste très vivante l'épopée su siège soutenu contre les envahisseurs Maures, dans lequel les femmes jouèrent un rôle crucial.
Une escouade française vient de tuer le mari de Doña Angela, ainsi que deux de ses frères, et la maison est livrée aux flammes. Voyant le danger que court Angela et ses deux enfants, le capitaine qui commande le détachement envoie ses hommes la secourir. Mais la jeune femme, refusant toute assistance, jette ses deux fils dans le brasier et s'y précipite à son tour, "préférant sacrifier ses enfants et mourir glorieusement plutôt que d'offenser Dieu".
María Angela Telleria observe discrètement les Impériaux enfermer, pour la nuit, une trentaine de prisonniers Espagnols dans une maison de son village. Usant de son charme féminin auprès des soldats de garde, et revêtue de trois couches de vêtements, elle parvient à les approcher. Deux d'entre eux s'habillent en femme et sortent sans être inquiété. Restent les autres. Forte de ce premier succès, elle commence par recueillir un peu d'argent auprès de ses voisins, ainsi que du cordage. Puis elle revient à la prison, habillée cette fois en homme, et dissimulant la corde autour de sa taille. Vingt-six prisonniers réussissent à s'échapper par une fenêtre, en se laissant glisser le long du mur qui donnait sur un jardin. Une fois en sécurité, María distribue aux évadés l'argent qu'elle a recueilli. Puis elle rentre chez elle.
Les femmes et les enfants sont les principaux agents de renseignement de la guérilla. En 1811, il est rare d'atteindre Tudela sans être attaqué... le chef d'état-major du gouverneur a une maîtresse "qui lui arrache des confidences sur les mouvements de troupe et en avertit Mina", le redoutable et sanguinaire chef guérillero. Celles qui préparent les repas des soldats impériaux les empoisonnent ; l'une d'elles tue sept cuirassiers ; d'autres les attirent à l'écart pour se prostituer et les poignardent durant leurs ébats.
La courtoisie malgré tout
チ l'entrée de Logroño, le général Thiébault se trouve confronté à quelque "huit cents hommes de cavalerie espagnole, en bataille, tous bien montés, bien équipés, bien habillés, bien armés, et qui, éclairés par le soleil couchant, formaient un coup d'?il non moins beau qu'imposant". Les Espagnols provoquent les chasseurs de Nassau qui entourent le général, en paradant devant eux et en leur lançant des injures, "proférées avec le plus de fureur par deux jeunes amazones resplendissantes de broderies, jolies comme des anges, enragées comme des démons, montées sur des chevaux fins et légers, et venant nous provoquer de cent manières, et même nous tirer des coups de pistolet. Hagen (le commandant du régiment de cavalerie) écumait : "Pour Dieu, mon général, me disait-il, laissez nous charger, et il y aura bien du malheur si je n'en ramène pas une pour vous et une pour moi; vous choisirez."
Nous étions en présence de onze fois notre nombre; nous avions affaire non pas à un ramassis de paysans juchés sur des biques, mais à une cavalerie véritable. Partis au trop, nous prîmes bientôt le petit trot, et, notre allure s'accélérant sans cesse, nous fûmes au grand galop ; par un hourra général nous abordâmes les cavaliers, qui, ayant fait la double faute de nous attendre de pied ferme et de rester sur une seule ligne, furent rompus en un instant. Hagen se lance à la poursuite des fuyards, et, plus tard, quand il revient auprès de Thiébault, celui-ci l'apostrophe : "Et cette femme que vous m'aviez promise ? dis-je à Hagen. - Ah ! mon général, s'écria-t-il, j'ai été à deux pas d'elle pendant une heure entière; mais la fatigue de mon cheval m'a empêché de la prendre, et je n'ai pas eu le courage de tirer, même pour la démonter; au reste, je lui en ai dit de belles, et elle se souviendra de moi."
En juillet 1809, le général Franceschi est capturé par El Capucino, du côté de Valladolid. Wellesley le rencontre à Zarza la Mayor, alors qu'il est emmené en captivité. Le prisonnier lui demande de faire savoir à sa femme qu'il est vivant. Avec sa courtoisie habituelle, sir Arthur accepte et il fait adresser, via la Hollande, une correspondance à "Madame Franceschi de Somme, rue Ville l'Evêque, Paris". Jeté en prison par la junte suprême, à l'Alhambra de Grenade, ce sculpteur, ancien prix de Rome, volontaire de 1792, laissera quelques dessins émouvants sur les murs de son cachot. Transféré à Carthagène, il y mourra, officiellement de la fièvre jaune, plus probablement des suites des mauvais traitements infligés par ses geôliers.
En janvier 1812, après la chute de Valence, Suchet s'étonnera que la tour dans laquelle il logeait avec sa femme durant le siège n'ait pas été bombardée, alors qu'elle était à portée de canon des Espagnols. Simple question de courtoisie, lui répondit-on : Blake savait que la maréchale était auprès de lui et il avait interdit qu'on tire sur cet objectif...
En mars 1811, Wellington, en train de chasser du Portugal l'armée de Masséna à laquelle appartient Junot, demande au chef guérillero Júlian Sanchez, de laisser en paix, et même d'assurer la sécurité de l'épouse du général, la duchesse d'Abrantes, qui est sur le point d'accoucher d'un second fils, à Ciudad Rodrigo.
Le 21 juin 1813, le soir de la bataille de Vitoria, Wellington invite à dîner la femme et les filles du général Gazan, capturées avec leurs bagages.
Aussi violents que les affrontements aient été, aussi extrêmes que les sentiments de haine se soient exprimés, cette guerre a aussi connu des épisodes où la courtoisie et le respect d'autrui ont pris le pas sur le mépris et le fanatisme. C'est aux femmes des deux bords que l'on doit ces rares trêves, préludes à une meilleure compréhension mutuelle.


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