En swahili, l’expression « Ina Kalé » pourrait se traduire par « C’est la tuile », « Sans issue » ou « La poisse ». Il s’agit du titre générique d’une multitude de tableaux qui exploitent le même motif : en pleine période coloniale, un nègre grimpe dans un arbre au bord d’une rivière. Impossible pour lui d’atteindre le fruit qu’il voulait cueillir, car il vient d’apercevoir à côté la tête d’un gros serpent. Impossible de descendre de l’arbre au pied duquel s’est pointé un lion affamé. Peut-il se...
En swahili, l’expression « Ina Kalé » pourrait se traduire par « C’est la tuile », « Sans issue » ou « La poisse ». Il s’agit du titre générique d’une multitude de tableaux qui exploitent le même motif : en pleine période coloniale, un nègre grimpe dans un arbre au bord d’une rivière. Impossible pour lui d’atteindre le fruit qu’il voulait cueillir, car il vient d’apercevoir à côté la tête d’un gros serpent. Impossible de descendre de l’arbre au pied duquel s’est pointé un lion affamé. Peut-il se jeter dans la rivière où un ou deux crocodiles l’attendent la gueule grande ouverte ? Certains ont voulu y voir l’illustration de l’existence de tout homme sur terre, traqué de toutes parts par le destin implacable. D’autres y ont plutôt vu la représentation du système colonial belge. Dans un cas comme dans l’autre, dans les yeux de ceux qui ont admiré ces tableaux, ou sous les doigts experts de peintres, s’agirait-il d’une manifestation de l’autocensure ? Le roman qui nous est proposé ici est une relecture du tableau colonial à l’aune des réalités d’aujourd’hui.
Charles Djungu-Simba K. enseigne les littératures française et francophones à l’Université Pédagogique Nationale, à Kinshasa (RDC). Il est journaliste, écrivain et critique littéraire.