Jamais Clément ne reviendrait vivre au pays de ses parents, où la ferme, pourtant, l’attendait, et la vieille maison. Plutôt aller au hasard sur d’autres routes, humer un air sans fragrance du passé et construire des murs neufs. Au retour de son père, rescapé du stalag, il n’avait plus respiré. Ç’avait été comme si Nadau ramenait avec lui de terribles querelles, des hommes contre les femmes, des pères contre les enfants, et une guerre de Cent Ans. Il lui fallait fuir. Il interdirait à sa descend...
Jamais Clément ne reviendrait vivre au pays de ses parents, où la ferme, pourtant, l’attendait, et la vieille maison. Plutôt aller au hasard sur d’autres routes, humer un air sans fragrance du passé et construire des murs neufs. Au retour de son père, rescapé du stalag, il n’avait plus respiré. Ç’avait été comme si Nadau ramenait avec lui de terribles querelles, des hommes contre les femmes, des pères contre les enfants, et une guerre de Cent Ans. Il lui fallait fuir. Il interdirait à sa descendance de vivre au pays. Il conjurerait le sort, s’il parvenait à partir tout à fait et à ne plus entendre sa terre chuchoter à ses oreilles fermées des douleurs, des terreurs et des crimes. À moins qu’il ne se soit rien passé. Cela n’avait peut-être été qu’une légende, et Clément, un enfant mélancolique, qui aurait tout inventé. Ce texte est le récit d’un échec. D’un impossible adieu à une famille, une langue et une culture dont il fut interdit de parler, jusqu’à en mourir.
Adishats (adieu, en occitan) est le deuxième ouvrage de Marina Chauvac. Née à Rodez, elle exerce longtemps la profession de professeure de philosophie dans l’Est et le Nord de la France. Son premier long récit, La Clique, traitant des luttes au travail, est publié en 2023. La même année, elle s’installe en Corrèze, d’où était originaire son père. Adishats est lié à ce retour.