Le traité germano-duala de 1884 ne peut être réduit à une archive coloniale figée. Il doit être lu comme un révélateur conceptuel, un miroir des asymétries diplomatiques et un laboratoire pour penser la souveraineté africaine. Derrière les clauses juridiques imposées par la rationalité européenne, derrière les formulations codifiées qui prétendaient transformer un pacte en acte de cession territoriale, se dessine une confrontation entre deux régimes de pensée. D’un côté, une diplomatie juridici...
Le traité germano-duala de 1884 ne peut être réduit à une archive coloniale figée. Il doit être lu comme un révélateur conceptuel, un miroir des asymétries diplomatiques et un laboratoire pour penser la souveraineté africaine. Derrière les clauses juridiques imposées par la rationalité européenne, derrière les formulations codifiées qui prétendaient transformer un pacte en acte de cession territoriale, se dessine une confrontation entre deux régimes de pensée. D’un côté, une diplomatie juridicisée, cherchant à figer l’accord dans une logique irréversible. De l’autre, une diplomatie coutumière, fondée sur la parole partagée, la temporalité longue et la reconnaissance mutuelle. L’écart entre ces deux régimes n’est pas seulement historique : il ouvre un champ conceptuel pour repenser la diplomatie comme espace de traduction, de domination, mais aussi de création doctrinale.
Mbome Monobloc Lea, diplômé du Centre d’études diplomatiques et stratégiques de l’HEIP de Paris, a mené un doctorat (PhD) sur le renouveau diplomatique dans le golfe de Guinée. Auteur d’un ouvrage sur les dynamiques politiques et économiques du Cameroun, il développe une expertise reconnue en diplomatie, stratégie et analyse géopolitique.