Comment un terme issu de la culture batéké, associé à l’origine au rejet social, à la régulation collective et à la préservation de la cohésion communautaire, a-t-il pu devenir une catégorie de lecture du pouvoir politique au Gabon ? L’auteur montre ici comment un symbole culturel a progressivement été investi par la politique puis est devenu socialement une notion critique désignant certaines formes d’allégeance, d’opportunisme et de proximité intéressée avec le pouvoir. À la croisée de la soci...
Comment un terme issu de la culture batéké, associé à l’origine au rejet social, à la régulation collective et à la préservation de la cohésion communautaire, a-t-il pu devenir une catégorie de lecture du pouvoir politique au Gabon ? L’auteur montre ici comment un symbole culturel a progressivement été investi par la politique puis est devenu socialement une notion critique désignant certaines formes d’allégeance, d’opportunisme et de proximité intéressée avec le pouvoir. À la croisée de la sociologie politique, de l’anthropologie et de la sociolinguistique, il analyse les mécanismes par lesquels la loyauté affichée devient une ressource politique et sociale : propagande, rituels, discours, médias, éducation, mobilisation des femmes et de la jeunesse, clientélisme et domination symbolique. En le confrontant à des phénomènes comparables observés dans d’autres sociétés, cet essai propose le kounabelisme comme un concept permettant de penser une forme particulière de domination, qui transforme la mise en scène publique de la fidélité en capital politique, social et symbolique.
Dwoeen Ngakié, essayiste et romancier gabonais, inscrit son parcours intellectuel à l’intersection des études juridiques, de la science politique et de la pensée critique. Il se spécialise dans les rapports entre droit, pouvoir et institutions en développant une pensée juridique prospective attentive aux nouvelles formes d’autorité, aux mécanismes de légitimation du pouvoir et aux défis normatifs liés aux transformations contemporaines du droit.