« Skout », se taire, c’est ce que répétait régulièrement sa mère dans son arabe dialectal. Quand elle lui raconte son secret avant de mourir, ses humiliations, son déplacement forcé à 14 ans dans un camp de regroupement, après avoir vu son village en feu, sa maison, le bétail et les terres de ses parents brûlés par l’armée française pendant la guerre d’Algérie, Jade Azzoug décide d’affronter un passé qu’elle n’a pas cherché à connaître et que ses parents s’étaient attachés à taire pour la préser...
« Skout », se taire, c’est ce que répétait régulièrement sa mère dans son arabe dialectal. Quand elle lui raconte son secret avant de mourir, ses humiliations, son déplacement forcé à 14 ans dans un camp de regroupement, après avoir vu son village en feu, sa maison, le bétail et les terres de ses parents brûlés par l’armée française pendant la guerre d’Algérie, Jade Azzoug décide d’affronter un passé qu’elle n’a pas cherché à connaître et que ses parents s’étaient attachés à taire pour la préserver. Une épopée tardive dans l’histoire coloniale algérienne, à contre-courant de ce qu’elle s’était promis à 5 ans, à la suite de sa première expérience raciste : devenir invisible. La force qu’il lui a fallu pour gommer son identité de fille d’immigrés, elle l’a mise, à travers l’histoire de sa famille, des Algériens en général, au service de l’appropriation de ses racines algériennes, poussée rationnellement par sa formation d’historienne et émotionnellement par un devoir de mémoire. Son chemin est désormais tracé. Elle s’y engage sans crainte ni certitude : remonter à la source est-il le meilleur moyen d’atteindre l’océan ?
Jade Azzoug Montané est docteure en histoire. Responsable de projets d’éducation à l’AFP, elle est enseignante-chercheuse associée en histoire à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ).